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Orientation durable et équitable : principes, concepts et méthodes
Accompagnement des Equipes Educatives
orientations durables et équitables, principes, concepts et méthodes. Le point de départ de cette conférence, c'est le constat que le monde fait face à une crise très grave, une crise telle que la vie de nombreuses espèces est menacée à moyen ou court terme. Et il y a un consensus mondial à ce sujet, comme on peut l'observer, par exemple, on a pu l'observer lorsque a été voté lors de l'Assemblée générale de l'ONU de 2015, le programme de 2030. En fait, le programme 2030 suggère que pour faire face à cette crise, il faudrait qu'il y ait des accords internationaux au sein de l'ONU, de l'Organisation mondiale du commerce, de l'Organisation internationale du travail, relatifs à l'exploitation des ressources naturelles, au mode de production et d'échange des biens produits, aux formes de consommation de certaines productions par les fractions privilégiées de la population mondiale. Mais jusqu'alors, aucune réforme mondiale de fonds n'a été entreprise et le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, le regrette régulièrement Par exemple, il y a un an, il disait « si nous n'agissons pas maintenant, le programme 2030 deviendra l'épitaphe d'un monde qui aurait pu être », et listait ensuite tous les problèmes qui non seulement ne se règlent pas, mais tentent à s'aggraver. Donc, on peut parler d'un constat d'inaction au niveau mondial, Et donc, avec vous, je vais essayer d'explorer une autre voie, celle de l'engagement des personnes et des collectifs vers des vies actives soucieuses d'une économie durable et équitable. Donc, mon exposé comprend trois Dans la première partie, je vais essayer de circonscrire le problème que cet accompagnement doit aider les personnes et les collectifs à résoudre. Dans la deuxième partie, je proposerai des concepts sur lesquels fonder cet accompagnement d'une orientation responsable. Et dans la dernière partie, j'opérationnaliserai ces concepts afin de donner l'idée d'une intervention d'accompagnement d'orientation vers ce développement durable et équitable. Donc, premier point, de quelle crise parle-t-on et quel accompagnement pour aider les personnes et les collectifs à contribuer à sa résolution ? Alors, il faut bien noter pour commencer qu'il existe un débat d'ordre économico-politique relatif à la nature de la crise contemporaine. En fait, il y a deux grands points de vue qui s'affrontent. D'un côté, on tend à réduire la crise contemporaine à une crise environnementale. On parle de changement climatique. Et souvent, lorsqu'on adopte ce point de vue, on défend l'idée que le développement de nouvelles technologies, des technologies qui consommeraient moins de ressources fossiles, qui utiliserait des énergies naturelles, qui produirait moins de gaz à effet de serre et moins de déchets, que donc ce développement de nouvelles technologies permettrait d'y faire face. C'est un point de vue qui est qualifiée de techno-optimiste et c'est le point de vue qu'on entend en général dans les grands médias de masse, les publicités qu'on voit sur ces médias de masse, par exemple la voiture électrique, et c'est aussi le point de vue de la Commission européenne et de la plupart des gouvernements. L'autre point de vue est défendu par des scientifiques et des experts internationaux et eux nomment l'ensemble de ces problèmes « crise de l'anthropocène » ou du « capital scène ». Alors, leur argumentation est la suivante, c'est que les problèmes environnementaux ne sont qu'une manifestation d'une très grave crise générale. Ces problèmes environnementaux, donc le réchauffement climatique par exemple, résultent de l'empreinte écologique de la consommation des plus privilégiés d'une population mondiale dont l'effectif a été multiplié par huit en moins de deux siècles, puisqu'on est passé de un milliard d'êtres humains en 1850 à aujourd'hui 8 milliards. Une consommation rendue possible par l'établissement de systèmes profondément inégalitaires de production et d'échange mondiaux des biens produits qui stimule la croissance de conditions non décentes de travail. D'ailleurs, un organisme comme le Fonds monétaire international, qu'on ne peut pas traiter de gauchiste ou de communiste ou de je ne sais quoi, écrivait dans sa revue en 2022 « Nous sommes dans une situation hors norme, puisque quelques 10% de la population mondiale possèdent 76% de la richesse, perçoivent 52% des revenus et sont à l'origine de 48% des émissions mondiales de carbone. » Alors, deux concepts, anthropocène ou capitalocène. Le chercheur suédois Andreas Malm a proposé de remplacer le terme d'anthropocène par celui de capitalocène et son argumentation était la suivante, là je le cite, il écrivait en 2021 qu'il faut remplacer la notion d'anthropocène par celle de capitalocène en voulant être plus précis et en disant que c'est le capital comme processus et comme structure particulière d'interaction humaine fondée sur l'inégalité et le pouvoir qui s'est transformé en facteur de changement géologique destructeur et non pas l'espèce humaine. Ce qui se passe ne relève pas de nos caractéristiques biologiques en tant qu'espèce homo sapiens, mais d'une évolution historique et sociale particulière. Alors d'autres chercheurs n'utilisent pas nécessairement ce terme de capitalocène, Certains, comme Cronis Polychronou, parlent de capitalisme prédateur. C'est aussi le terme que retient Noam Chomsky, le linguiste qui se passionne pour ces questions, ou d'autres parlent de prédation, comme l'anthropologue du Collège de France, Philippe Descola. Alors, le point commun de ces concepts de capitalocène ou de capitalisme prédateur, c'est qu'ils soulignent que la forme actuellement dominante d'organisations économiques ou politiques, visent à maximiser les profits en privatisant progressivement l'ensemble des ressources naturelles et en les exploitant intensément sans se soucier des multiples conséquences néfastes d'une telle exploitation, sans se soucier de l'épuisement des ressources non renouvelables à court terme, des problèmes de déforestation, d'accumulation de déchets, de pollution, de réchauffement climatique, désertification et migration. Selon cette approche, ce qui est visé fondamentalement, ce n'est pas la satisfaction des besoins et des désirs de l'ensemble des humains, c'est seulement la production et l'échange des biens et services les plus susceptibles de maximiser les profits privés. On peut voir un exemple de ce phénomène dans la pénurie de médicaments courants. Et si vous avez un peu de temps, reportez-vous au site de Radio France. Il y a un podcast fort intéressant sur la pénurie des médicaments courants. C'était une émission diffusée sur France Inter. Donc, par conséquent, résoudre la crise mondiale actuelle implique de transformer profondément cette forme d'organisation de la production et des échanges. C'est ce que montre par exemple un ouvrage qui est paru chez l'éditeur anglais Routledge, le manuel Routledge de la gouvernance mondiale durable. Alors, ce que montrent les différents chapitres de cet ouvrage, c'est que les différents aspects de la crise du capital saine sont intriqués, c'est-à-dire qu'on ne peut résoudre l'un sans traiter tous les autres. Si on part de l'un, on arrive à l'autre. C'est-à-dire, si on parle du réchauffement climatique, on va arriver à des conditions de travail indécentes dans certaines entreprises indiennes ou chinoises, par exemple. Un des points, alors là c'est un point peut-être plus discutable et développé au chapitre 18 de son livre, qui critique très fortement le techno-optimisme en disant que plutôt que de contribuer à résoudre cette crise, le techno-optimisme pourrait l'aggraver. Alors, je ne suis pas un spécialiste de ces questions, mais il faut voir qu'il y a aussi cette opinion qui semble quand même étayée par un certain nombre d'observations. On peut résumer tout ça en citant à nouveau Antonio Guterres, le secrétaire général de l'ONU, qui disait donc en 2023 « cela nécessite des changements fondamentaux dans la manière dont l'économie mondiale est organisée ». Mais une telle transformation ne va pas sans difficulté, car une des sources, je cite cette fois Un jeune chercheur qui s'appelle Michael McDonald, une des sources du pouvoir de l'anthropocène prédateur, lui c'est son langage à ce chercheur-là, est une révolution radicale dans la production de la subjectivité. Autrement dit, nous sommes dans une organisation économico-politique qui déploie une énergie considérable pour produire et reproduire en chacun de nous un sujet consommateur et un sujet producteur qui interagissent de la manière la plus adéquate pour atteindre l'objectif de maximiser les profits. Donc, par exemple, Noam Chomsky a écrit un ouvrage qui a été traduit en français sur la fabrication du consentement où il montre que les images publicitaires, les messages taillés sur mesure des réseaux sociaux, les personnages de fiction et des compétitions télévisuelles, tout cela conduit à produire un monde vécu de subjectivités productrices et consommatrices qui sont indifférentes aux conséquences planétaires de leurs actes. Je crois qu'on peut résumer tout ça par le slogan que Jacques Segala avait à propos de la montre qu'avait portée le président Sarkozy dans une émission télévisée, je crois. Donc, l'idée, c'est que chacun de nous pense plus ou moins, en adaptant le slogan à ses moyens, si j'ose dire, si à 50 ans, on n'a pas une Rolex, on a raté sa vie. Par conséquent, Faire face à la crise de l'anthropocène prédateur implique d'aider les personnes, et tout particulièrement celles privilégiées des économies les plus riches, à se déprendre des représentations, des stéréotypes dans lesquels les maintiennent ces modes de subjectivation. Cette thèse, elle est développée par différents chercheurs, mais notamment dans un livre paru l'année dernière de Marc Lugniadi. C'est un professeur de philosophie de l'Université de Louvain. C'est un petit livre. Il a écrit d'autres ouvrages, mais si vous avez un peu de temps, si vous voulez lire un livre très intéressant, je vous conseille vivement de lire Le second âge de l'individu pour une nouvelle émancipation. Donc, la question, c'est comment peut-on aider les personnes, finalement, à s'orienter vers un développement durable et équitable. C'est ce qu'on va voir dans un instant. Mais il faut encore que je vous dise que s'il y a un débat d'une part sur le développement, sur la crise actuelle, il y a un deuxième débat qui se poursuit depuis le début du XXe siècle, cette fois relatif à l'accompagnement de l'orientation et à ses finalités. Et ce qui est intéressant, c'est que ce débat, on le trouve déjà dès 1913, au moment où est fondée aux États-Unis l'Association des conseillers d'orientation. Et les actes de ce colloque de 1913, donc aux États-Unis, sont extrêmement intéressants puisqu'on voit qu'il y a deux lignes qui s'y opposent. D'un côté, il y a ceux qui pensent que l'objectif de l'accompagnement de l'orientation, c'est de permettre aux personnes de s'insérer sur le marché du travail et d'y gérer leur carrière professionnelle. Et pour les personnes qui défendent ce point de vue, la finalité sociale et économique de l'accompagnement de l'orientation, c'est de fournir aux entreprises la meilleure main d'oeuvre possible pour affronter la concurrence économique. D'ailleurs, la Commission européenne actuellement s'inscrit dans ce courant. puisqu'elle dit par exemple que l'orientation doit maintenant se centrer sur accompagner les personnes vers les métiers de la transition européenne. Le point de vue différent qui s'oppose à celui-là a été développé en général plutôt par des chercheurs. Par exemple, il y a des écrits de Myde dans ses actes de colloque, le père de la psychologie sociale, qui disent que l'objectif de l'Orientation, c'est d'aider les personnes, la finalité sociale et politique de l'accompagnement de l'Orientation, c'est d'aider les personnes à définir les grandes directions qu'elles souhaitent donner leur vie active, c'est-à-dire à préciser et articuler dans un projet qui font sens pour elles, leurs attentes dans les différents domaines de leur vie personnelle et sociale, c'est-à-dire leurs attentes en termes de formation, vie familiale, travail, loisir, amour, etc. Donc, la finalité, selon ce point de vue, de l'accompagnement de l'orientation, c'est de construire une société juste et inclusive. Ces chercheurs, d'ailleurs, observent que dans nos sociétés, l'organisation est telle qu'on peut qualifier nos sociétés de sociétés liquides d'individus. Là, je reprends deux concepts, l'un d'Elias, l'autre de Baumann. Des sociétés d'individus, c'est-à-dire des sociétés où chacun est pensé comme étant responsable de ce qu'il fait de sa vie, et des sociétés liquides, c'est-à-dire des sociétés où les repères ne sont pas stables, où nous devons nous adapter sans cesse à des changements de tous ordres. Le travail change, les coupes sont fragiles, il faut changer de lieu pour diverses raisons, etc. Et donc, un certain nombre de chercheurs qui se sont réunis de chercheurs du monde entier qui se sont réunis à l'Université libre de Bruxelles néerlandophone ont synthétisé un peu ce que pouvait être cette orientation dans les sociétés liquides d'individus en parlant de live designing, autrement dit, l'idée que l'accompagnement de l'orientation doit aider chacun à donner une direction et un sens à son existence. Alors, cette réflexion des personnes sur leurs attentes dans leurs différents domaines de vie, comme le prône, si j'ose dire, les tenants du life design, les conduit à s'interroger sur les formes d'organisation collective qui favorisent ou qui constituent un obstacle à la réalisation de leurs projets. Et de plus, on observe aujourd'hui, chez un nombre croissant de croissants de citoyens, que cette réflexion se double d'une conscience aiguë de la crise actuelle. Donc, comment les aider dans leur réflexion ? Quelles interventions leur offrir pour accompagner l'orientation de leur vie active tout en en tenant compte de l'impératif d'un développement mondial durable et équitable ? La thèse que je vais développer dans cette deuxième partie pour répondre à cette question, c'est que fonder un accompagnement de l'orientation vers un développement durable et équitable nécessite de centrer la réflexion des individus et des collectifs non plus sur le parcours individuel de l'individu, mais sur sa forme de vie active. Et c'est un changement fort important parce que ce concept de forme de vie active, comme je vais vous le dire dans un instant, résulte de la conjonction de deux autres concepts, forme de vie et vie active. Et à la différence des interventions ordinaires d'orientation qui se centrent donc sur l'individu individualisé, forme de vie met l'accent sur le commun, la forme de vie commune dans laquelle la personne se subjective, se construit et s'oriente. Vous voyez, il y a un changement de perspective là. Et à la différence des interventions d'orientation ordinaire qui se centrent sur le parcours professionnel, vie active met l'accent sur les différentes activités qui constituent les différents domaines d'activité qui forment une vie active. Donc, les interventions ainsi élaborées visent à aider personnes et collectifs à construire des formes de vie active personnelles, contribuant à l'instauration universelle de formes de vie économiquement durables et humainement équitables. Alors, le concept de forme de vie active, c'est donc la conjonction du concept de forme de vie. Le concept de forme de vie, c'est un concept important chez les philosophes. Je vous ai mis la photo du visage de quelques personnalités qui comptent dans le monde intellectuel pour vous montrer qu'en utilisant ce concept, on est en bonne compagnie. Formes de vie n'est pas nouveau dans le domaine de l'accompagnement en orientation. C'était même le concept central d'un ouvrage qui a connu un nombre considérable d'éditions en langue allemande à partir de 1914 et jusqu'à 1930 et qui malheureusement n'a jamais été traduit en français. Autrement dit, ça n'a pas eu d'écho en France. Mais dans la période actuelle, on parle beaucoup de formes de vie. En général, par exemple, voilà deux ouvrages qui sont parus récemment autour de ce concept de forme de vie. Dans l'un et l'autre, il y a des textes d'Estelle Ferrarez et de Sandra Loger qui ont donné une définition de la forme de vie. Je ne vais pas vous la lire, mais je vais la commenter avec la diapositive suivante. Une forme de vie, selon ces deux autrices, Ce sont à la fois des pratiques sociales, des actions qui vont de pair avec certaines institutions, un certain mode de rapport au monde, des manières de percevoir, des attitudes et des dispositions comportementales qui caractérisent, disent-elles, une configuration de coexistence humaine, une configuration qui produit ces pratiques, ces actions, etc., et des pratiques qui maintiennent, modifient et parfois détruisent cette configuration de coexistence humaine. Le point important de cette définition, c'est que forme de vie désigne une manière humaine partagée d'être dans le monde et d'y fonctionner avec d'autres. Autrement dit, si on fonde l'orientation, l'accompagnement de l'orientation sur ce concept de forme de vie, on remet en question la version psychologisante d'un individu individualisé que caractériserait déterait le définissant de manière essentielle et qui le doterait d'une identité substantielle. Le soi, la subjectivité individuelle, est une certaine intériorisation, pourrait dire une assimilation-accommodation, si on fait référence à Piaget, de la forme de vie de l'individu tel qu'il la produit, donc cette assimilation-accommodation, à l'occasion de ses expériences vécues qui sont fonction des positions qu'il occupe dans les différents champs de rapports sociaux propres à sa forme de vie. En résumé, on peut donc dire que la forme de vie a un forme, comme son nom l'indique, la vie de l'individu, ses comportements, ses attitudes, ses actions, ses représentations, mais ne le caractérise pas en tant que tel. Ou on peut dire plutôt ce qui caractérise un individu, autrement dit ce qu'on pourrait appeler son identité subjective, est fonction des expériences qu'il peut vivre dans la configuration dans laquelle il coexiste avec d'autres humains. Le corrélat de cette approche en termes de forme de vie, c'est que tout ce que la psychologie de l'orientation considère comme formant le capital de propriété d'un individu, ses compétences, ses traits de personnalité, ses valeurs, est désormais vu comme une fonction de la forme de vie dans laquelle cet être singulier interagit, dialogue et construit certaines significations en relation avec les institutions propres à sa forme de vie. Pour essayer d'illustrer cette chose-là qui est assez abstraite, j'ai imaginé l'exemple suivant qui est partiellement fictif. Imaginez une femme qui pratiquerait la médecine traditionnelle au sein d'une communauté Mapuche du Chili. Dans cette forme de vie, les talents particuliers à cette activité, à cette forme de médecine sont reconnus, c'est-à-dire qu'on dit d'elle, cette femme est Machi. Imaginons que maintenant, à cause de l'industrialisation de l'exploitation forestière, cette femme doive se résigner à migrer en Europe. Évidemment, elle ne sera pas reconnue comme médecin en Europe. Mais pire, si elle use de ce qui dans sa forme de vie originaire constitue des talents, elle se verra attribuer une identité de délinquante, se substituant à celle de Machi dans sa précédente forme de vie. Vous voyez bien que l'exemple MATCHI fait référence à ce que, dans le vocabulaire actuel de la gestion des ressources humaines, on nomme des compétences. Alors, une analyse en termes de forme de vie remet en cause la primauté de tel concept. Tout ce qui, dans ce vocabulaire, est vu comme des attributs de l'individu, lui donnant une valeur sur l'actuel marché du travail, est désormais considéré comme fonction de la forme de vie où se déroulent les interactions de l'individu. Ça a une conséquence pour l'accompagnement de l'orientation. Si nous voulons aider les personnes à réfléchir à des formes de vie économiquement soutenables et humainement équitables, eh bien, il faut que nous, chercheurs et praticiens dans ce domaine, nous nous interrogions sur la pertinence de nos actuels concepts, dont la plupart ont été forgés pour gérer les ressources humaines sur l'actuel marché du travail. Par exemple, que devient ce que nous nommons une compétence du point de vue de l'approche en termes de forme de vie? Pour ça, on peut s'aider sur les travaux penseur indien Amartya Sen, qui a substitué au concept de compétence celui de «capabilité», et qu'il définit donc comme l'opportunité de réaliser les combinaisons de fonctionnement humain valorisées par la personne, ce qu'elle peut effectivement faire ou être, et il faut ajouter, à mon avis, en précisant, dans sa forme de vie. Ce que la «capabilité», c'est ce que la personne peut effectivement faire ou être dans sa forme de vie. Donc, on voit que la relation entre forme de vie et monde vécu ou subjectivité individuelle est dialectique, c'est-à-dire, on peut poursuivre un peu l'exemple Mapuche en s'appuyant cette fois sur les travaux de Philippe Descola. Philippe Descola, c'est un anthropologue très célèbre que vous connaissez sans doute, Et pour ceux qui n'ont pas lu, vraiment, s'il y a un deuxième livre que vous pouvez lire suite à mon intervention, ça serait bien celui que je vous montre actuellement, « Par-delà la nature et la culture ». Le point important, si on s'inspire, si on suit, si on commente cet exemple fictif que je viens d'évoquer avec Philippe Descola, c'est de noter que la manière dont les Machis, donc ces femmes qui pratiquent la médecine traditionnelle dans cette culture, la manière dont ces Machi considèrent les plantes serait nommer dans notre forme de vie un rapport de connaissance. Dans la forme de vie Mapuche, c'est une capabilité pour fonctionner comme ce que, dans notre culture, nous nommerions médecin. Ce mode Mapuche de rapport aux plantes et aux soins n'est pas une capabilité, évidemment, dans nos formes de vie occidentales d'aujourd'hui. En résumé, L'accompagnement de l'orientation vers des formes de vie économiquement soutenables et humainement équitables implique de passer au tamis d'une critique rigoureuse des concepts de l'actuel accompagnement de l'orientation des carrières professionnelles sur le marché du travail d'aujourd'hui et sans doute probablement d'en définir des nouveaux. Donc, la question centrale de cet accompagnement d'une orientation responsable devient donc c'est dans quelle forme de vie puis-je ou pouvons-nous organiser mon existence ou notre existence pour que la forme de vie de chaque humain soit économiquement soutenable et humainement équitable ? C'est une question très abstraite et si on veut mettre au point un accompagnement qui vise à aider les personnes et les groupes à s'engager dans une telle réflexion, il faut rendre cette problématique opératoire. Et on peut le faire en s'appuyant d'une part sur les travaux d'Anna Arendt et d'autre part sur des travaux de nos collègues de Toulouse, Jacques Curie, Alain Beaubion-Droit et Violette Hajard. C'est ce qu'on va voir maintenant. Anna Arendt a écrit un ouvrage dont le titre, en français « Conditions de l'homme moderne », le titre allemand étant « Witte Aktiva oder vom Tätigenleben ». Et c'est un ouvrage très important. Et Hannah Arendt observe que ce qui caractérise fondamentalement les humains, c'est de mener une vie active. Autrement dit, l'homme, c'est un animal, l'homme et la femme sont des animaux qui ont une vie active. La vie active comprend trois grandes catégories d'activité. En anglais, elle écrit « labour, work et action ». Alors, on va aller voir un peu le labour. On pourrait traduire ça par labeur, mais en français c'était traduit par travail. Ce sont les activités requises pour le maintien en vie et la reproduction de l'animal humain. Ce qui caractérise le labeur, ce sont donc des tâches qu'on recommence sans cesse, mais qui ne laissent pas trace d'une œuvre produite. Par exemple, changer les couches d'un enfant. Le work, c'est l'activité de l'homme fabricant, c'est la fabrication. de produits relativement durables qui permettent à l'homme de s'éloigner de la condition animale. C'est-à-dire qu'en fabriquant, l'être humain développe le sentiment de se réaliser. Il produit des œuvres dans lesquelles il peut se reconnaître. Et enfin, l'action, troisième catégorie de la vie active, c'est l'activité de l'être humain en tant qu'animal politique. C'est la délibération collective qui crée un espace politique publique qui permet de faire monde ensemble et notamment de résoudre les problèmes collatéraux que posent le labeur et la fabrication. Alors, il me semble que les analyses d'Anna Arendt ont un grand intérêt pour l'orientation, puisqu'elle nous dit déjà la vie active, ça ne se réduit pas aux emplois sur le marché du travail. C'est d'ailleurs ce que notait notre collègue de l'Université de New York, Marie-Lou Richardson, qui souligne que, par exemple, certaines activités peuvent avoir lieu soit dans le cadre d'un travail rémunéré, soit dans ce que Marie-Lou Richardson appelle le personal care work, mais que sans doute, si on utilisait les concepts de Hannah Arendt, on appellerait du personal care labor. Par exemple, les soins à un bébé, ça peut se faire dans une crèche en étant puéricultrice ou auxiliaire de puériculteur ou par une mère de famille à la maison. Donc, premier intérêt, la vie active ne se réduit pas aux emplois sur le marché du travail. Mais deuxièmement, les travaux, les analyses d'Anna Arendt nous conduisent à considérer que sur l'actuel marché du travail, Il existe des différences importantes entre les emplois ou fonctions professionnelles en fonction de la proportion d'activités, de labeur, de fabrication et d'action qui les caractérisent. Certains emplois sont des formes quasi-pures de labeur, par exemple, le ménage la nuit au siège des grandes entreprises. D'autres, de la conception-fabrication, par exemple, quelqu'un qui développe des programmes informatiques et d'autres, quasiment d'une forme pure d'action, par exemple, le député qui débat au Parlement. On observe aussi que dans les pays riches, les emplois de labeur sont généralement ou de plus en plus fréquemment exercés par des immigrés ou des femmes qui vivent dans des territoires en déclin industriel et puis certains emplois mixtes dans des proportions plus ou moins importantes du labeur, du travail et de l'action. Donc, en résumé, les analyses d'Anna Arendt conduisent à transformer la réflexion abstraite sur les formes de vie en une interrogation plus concrète sur chacun des trois types fondamentaux d'activité qui constituent une forme de vie active. Par exemple, mon labeur, mon travail, mon agir, contribuent-ils à l'instauration universelle de formes de vie ? économiquement soutenable et humainement équitable. Autrement dit, mon labeur, mon travail, mon agir actuel ou potentiel, ce que je pourrais développer. Mais l'analyse reste encore trop générale pour définir les grandes lignes d'un accompagnement de l'orientation vers des formes de vie durable et équitable. Chacun doit s'interroger sur ses activités dans l'ensemble de ses domaines de vie et ne pas se centrer que sur sa carrière professionnelle. Et les travaux des chercheurs toulousains que je nommais tout à l'heure, Jacques Curie, Alain Beaubion-Roy et Violet Tajard, permettent de franchir ce pas supplémentaire. En effet, ces collègues ont montré que dans les sociétés occidentales d'aujourd'hui, donc dans ce que j'ai appelé au début les sociétés liquides d'individus, les formes de vie active sont constituées de quatre sous-systèmes d'activité, familial, professionnel, personnel et social. Ils montrent donc, ces chercheurs, ils observent que les sous-systèmes sont relativement autonomes, c'est-à-dire que dans chacun de ces sous-systèmes, la personne dispose de ressources, fait face à des contraintes, des finis, des objectifs. Par exemple, dans son sous-système professionnel, une personne peut avoir pour objectif de faire carrière dans l'entreprise. Dans chacun de ces sous-systèmes, la personne va réguler ses conduites en fonction des relations qu'il y établit entre objectifs, ressources, contraintes, c'est-à-dire en fonction de ce que les auteurs nomment un modèle d'action, c'est-à-dire un modèle propre au sous-système. Mais les sous-systèmes ne sont pas que autonomes, ils sont aussi interdépendants, c'est-à-dire ce qui se passe dans un des sous-systèmes a des répercussions sur les autres sous-systèmes. Les ressources ou contraintes d'un sous-système peuvent aider ou nuire au fonctionnement des autres. Par exemple, les liens amicaux peuvent être des ressources utiles pour réaliser des buts visés dans le domaine professionnel ou au contraire être des obstacles. Et donc, il y a une instance de régulation qui précisément régule, équilibre les interactions entre sous-systèmes. C'est le modèle de vie qui hiérarchise les objectifs visés dans chacun des sous-systèmes. en fonction de la valeur que leur accorde la personne à un moment donné. Par exemple, à un moment donné, une personne peut dire j'accorde une priorité à l'éducation de mes enfants et je mets un peu en veille ce qui se passe dans l'entreprise où je travaille. Donc, l'analyse de la vie active en termes de modèles d'action. Qu'est-ce que je fais et vise dans chacun de mes domaines de vie et l'analyse en termes de coordination de chacun de ces domaines de vie, de chacun de ces domaines de vie dans un modèle général de vie, parmi ce que je fais et vise, qu'est-ce qui compte vraiment pour moi, ça complète la réflexion en termes de labeur, fabrication et action. Ces deux axes de réflexion peuvent donc être combinés pour mettre au point des interventions qui aident les personnes et les groupes à s'interroger sur leurs éventuelles contributions à la crise actuelle et à préciser des formes de vie active qui contribuent à la résoudre. C'est ce que nous avons imaginé avec Valérie Cohen-Scully, puisque on a finalement deux lignes d'analyse. On a celle qui provient d'Anna Arendt. On a le labeur, la fabrication, l'action qui forment la vie active. On a les quatre sous-systèmes d'activité qui proviennent des observations de nos collègues toulousains. Eh bien, on peut croiser ça dans un tableau où on met en colonne le labeur, la fabrication et l'action, comme vous pouvez le voir, et en ligne chacun des sous-systèmes familial, professionnel, social et personnel. Et avec ça, on peut concevoir une première intervention d'accompagnement de l'orientation vers la vie active. Par exemple, créer un atelier destiné à 10, 20 participants où, dans un premier temps, On va demander à chacun de réfléchir, de décrire, en s'appuyant sur le tableau qui est devant vous, ses principales activités actuelles et se demander, soit individuellement, soit à l'occasion de discussions collectives, si certaines de ces activités s'inscrivent dans une forme de vie active, économiquement soutenable et humainement équitable. Ensuite, dans un deuxième temps, collectivement, toujours en s'appuyant sur le même tableau, on va essayer de déresser un catalogue d'activités dans lesquelles, dans notre groupe, certains participants pourraient s'engager pour contribuer à un développement équitable et durable. Alors pour cela, les animateurs peuvent stimuler la réflexion en présentant la conclusion d'études, de rapports, de résolutions. Et par exemple, quelque chose qui me paraît très intéressant, ce sont les objectifs et les cibles du programme 2030 de l'ONU que vous connaissez, donc les 17 grands objectifs du programme 2030 dont Antonio Guterres déplore régulièrement que finalement on ne fait pas grand chose pour s'engager dans cette direction-là. Donc en s'appuyant là-dessus, sur chacun de ces objectifs et cibles, on peut collectivement essayer de remplir le tableau. Par exemple, si on part du 15e objectif. Le 15e objectif de l'ONU, c'est voilà comment il s'énonce dans sa formulation générale. Après, il est décliné en différentes cibles. qu'il s'agit donc de préserver et restaurer les écosystèmes terrestres en veillant à les exploiter de façon durable, gérer durablement les forêts, lutter contre la désertification, enrayer et inverser le processus de dégradation des terres et mettre fin à l'appauvrissement de la biodiversité. Donc, en se référant à ce quinzième objectif, dans un stage d'accompagnement de l'orientation vers un développement durable et équitable, chacun On peut, en partant de cet objectif, se demander et compléter le tableau dans quelles activités certains d'entre nous pourraient s'engager pour contribuer à sa réalisation individuelle. Alors, on a, on sait, avec Valérie Cohen-Scully, on a imaginé, par exemple, des éléments qu'on pourrait trouver dans un tel tableau. Par exemple, Donc c'est la réflexion collective. Comment aller vers les objectifs de développement durable ? Qu'est-ce que nous pouvons faire ? Par exemple, dans le labeur au niveau social, participer à une collecte de déchets plastiques encombrant une rivière. C'est donc la première colonne, troisième ligne. Au niveau Fabrication familiale, colonne centrale, première ligne, construire des dispositifs permettant à la famille d'économiser l'énergie et de recycler certains déchets. Au niveau de l'action, au niveau personnel, lire un livre relatif à l'économie sociale et solitaire. Donc, vous voyez un certain nombre d'activités dans lesquelles on pourrait s'engager au niveau de notre groupe. Donc ça, c'est la phase centrale de la réflexion de cet atelier. Et dans la dernière phase de l'atelier, on revient à une réflexion individuelle parmi les activités produites collectivement dans lesquelles puis-je m'engager immédiatement ou à moyen terme ? Quel changement dois-je apporter au tableau que j'avais rempli au début, c'est-à-dire mes activités actuelles ? Voilà donc une idée d'atelier d'accompagnement de l'orientation vers un développement durable et équitable. J'en arrive à la conclusion. Est-ce que les êtres humains parviendront à agir raisonnablement pour résoudre la terrible crise mondiale contemporaine ? Alors, je rappelle d'abord l'argumentation, c'est que la crise que nous vivons au niveau mondial est provoquée par la consommation des plus favorisés d'une population mondiale dont l'effectif a été multiplié par huit en moins de deux siècles. Une consommation qui a été rendue possible par une organisation prédatrice de la production et un système très inégalitaire d'échanges. Donc, en fait, il s'agit plus d'une crise du capitalocène que d'une crise de l'anthropocène. Un simple engagement des personnes et des collectifs vers les métiers de la transition écologique ne pourra suffire à faire face à cette crise, même si certaines transformations des modes de production peuvent réduire les émissions de gaz à effet de serre, le réchauffement climatique, la consommation de ressources naturelles. Autrement dit, je pense qu'il y a certainement des choses que l'on peut faire et je suis moins pessimiste que le chapitre 18 du livre Routledge dont je parlais au début. Résoudre cette crise, donc, nous dit Antonio Guterres, ça nécessite des changements fondamentaux dans la manière dont l'économie mondiale est organisée. Mais à défaut de tels changements, on n'observe toujours pas, ou en vue d'y préparer, j'ai exploré une autre voie, accompagner l'orientation des personnes et des collectifs vers des formes de vie active, économiquement soutenable et humainement équitable. Autrement dit, concrètement, il s'agit de les aider à prendre conscience du modèle de vie qui organise leur forme de vie active en réfléchissant aux éventuelles transformations à y apporter pour contribuer à améliorer la crise actuelle. Cette réflexion implique que les bénéficiaires s'interrogent sur le modèle d'action propre à chacun de leurs quatre sous-systèmes d'activité, comme j'ai essayé de le montrer dans le tableau que nous avons imaginé avec Valérie Cohen-Scalfi. Cependant, le sous-système des activités professionnelles doit être considéré à part. Et là, il faut que j'en dise un bout dans cette conclusion, pour deux raisons. La première, c'est que c'est le seul des quatre sous-systèmes dont se préoccupe habituellement l'accompagnement de l'orientation de la vie active qui réduit la vie active à la carrière professionnelle. Deuxièmement, contrairement au mythe de l'universalité du choix professionnel sur lequel se fonde l'accompagnement de l'orientation, tous les individus ne disposent pas d'un large éventail de possibilités en matière de carrière professionnelle. Certains, notamment les immigrés, les femmes qui vivent dans des zones en déclin économique, doivent s'engager pour survivre dans le premier emploi de laveur qui se présente à eux ou à elles. En revanche, comme nous le savons, plus le volume que possède une personne de capitaux économiques, sociaux, culturels ou de savoir-faire rares est important, et plus encore si cette personne réside sur un territoire en expansion économique, plus cette personne peut s'engager dans le questionnement prototypique de l'accompagnement de l'orientation ordinaire. Questionnement qui est le suivant, dans quelles fonctions professionnelles correspondant à mes talents actuels ou potentiels et, si possible, à mes intérêts, puis-je m'insérer, puis poursuivre une carrière professionnelle. Dans des circonstances particulièrement favorables, quelques personnes peuvent approfondir cette réflexion et se demander si une fonction dans laquelle elles pourraient s'engager contribue ou est un obstacle à un développement universel de forme de vie active, durable et équitable. Donc, certaines personnes, rares, assez rares, peuvent développer ce type d'interrogation. En revanche, la majorité des jeunes encore en formation et certains adultes peuvent réfléchir à des formes d'organisation de la production et des échanges qui contribuent à résoudre la crise du capital au sein. Par exemple, en rétorialisant certaines productions, en organisant des circuits d'échanges courts. Donc, il y a pas mal d'écrits, notamment sur les systèmes d'échanges locaux, etc. On peut mettre au point des interventions pour aider les jeunes ou ces personnes qui ont cette possibilité de réfléchir à cette orientation responsable. Alors là, c'est un niveau d'accompagnement de l'orientation beaucoup plus exigeant que ce dont je parlais précédemment, puisque il faut d'abord réfléchir aux besoins humains à satisfaire sur un certain territoire ou dans une certaine communauté. Il faut ensuite définir des formes soutenables et équitables d'organisation de la production et des échanges visant à satisfaire ces besoins, puis préciser les fonctions et activités que ces formes d'organisation déterminent, et enfin définir les talents que les personnes exerçant ces fonctions et activités doivent posséder, ainsi que les dispositifs qui permettent de les développer. Autrement dit, ces interventions, beaucoup plus exigeantes, nécessitent des moments collectifs et individuels d'analyse et de réflexion. Donc, pour résumer, on peut dire que le sous-système des activités professionnelles est paradoxal. C'est celui par lequel chacun contribue le plus à la pérennisation de la crise contemporaine en investissant son énergie dans des systèmes de production et d'échange prédateurs. La plupart des personnes actives dans ces systèmes de production et d'échange n'ont pas de prise sur leur transformation. Néanmoins, elles peuvent contribuer à transformer ce mode d'organisation de la production et des échanges de biens, qui est la clé de la voûte de la forme prédatrice qui domine dans le monde occidental d'aujourd'hui. Elles ne peuvent y contribuer à leur transformation que par leurs activités dans leurs trois autres systèmes d'activité, et notamment par leur agir collectif. Par exemple, en revendiquant l'instauration d'un droit universel à un travail décent ou de règles instituant un commerce mondial équitable. Par exemple, Alain Suppiot, qui est professeur au Collège de France, a insisté sur l'importance majeure d'un droit mondial au travail dessin, et nous en sommes très, très loin. Néanmoins, l'émergence de formes peu prédatrices d'organisation de la production et d'échange peut être favorisée par des interventions d'orientation responsable aidant des collectifs de jeunes et d'adultes à les concevoir et à les mettre en place. Deux questions restent en suspens. Est-ce qu'une majorité de personnes et de collectifs s'engagera dans ce type de réflexion ? Ce n'est pas certain. Les médias de masse visent à produire un monde vécu et des subjectivités qui ne se soucient aucunement de l'état et de l'avenir du vivant. Ils vont à l'encontre de l'émergence de ce commun de conviction où chacun se ferait l'agent des intérêts de l'humanité et du monde dont Marc Iugnadi, dont j'ai montré l'ouvrage tout à l'heure, souligne la nécessité pour faire face à la crise actuelle. Est-ce que les États sont déterminés à instituer des services d'accompagnement de l'orientation vers des formes de vie active économiquement soutenables et humainement équitables ? Alors, Marc Iugnadi, souligne qu'il faudrait instituer un conseil mondial de protection de l'esprit humain ayant pour horizon de veiller aux seules conditions de l'épanouissement de l'esprit, c'est-à-dire de l'écosystème dans lequel il se meut. Est-ce que ce conseil a des chances d'être institué ? À ce jour, rien ne le laisse présager. Est-ce que des associations de la société civile, des organisations citoyennes, se substitueront à l'inaction mondiale actuelle ? Poil à l'interrogation. Ou bien alors, est-ce que la crise actuelle se règlera d'elle-même par la disparition d'un nombre considérable d'humains provoqués par des violences diverses interindividuelles, intercommunautaires, des programmes, des guerres ? Et quand je pense à guerre, je pense au traité de Versailles qui, dans son chapitre 13, qui avait été sans doute impulsé le philosophe, le professeur de philosophie qui était le président américain Wilson, souligne que si on ne traite pas les problèmes mondiaux, il se traite nécessairement par des guerres, par des génocides. Est-ce que la crise se réglera par des catastrophes écologiques, climatiques, des famines, des pandémies, une forte baisse de la mortalité ? Voilà, je n'en sais rien, mais les plus jeunes d'entre vous, le sauront, le découvriront un jour. Voilà, je vous remercie de votre attention. C'est nous, M. Guichard, qui devons vous remercier pour cette intervention de grand intérêt qui nous a permis de prendre un peu de distance avec notre quotidien professionnel, de prendre un peu de hauteur. Ce qui ne va pas m'empêcher de vous adresser quelques questions qui seront, pour certaines, peut-être relèveront d'une certaine hauteur et qui, pour d'autres, volontairement vous ramèneront à des réalités plus pragmatiques. Une première question, si vous le permettez, est-ce que l'accompagnement à l'orientation que vous évoquez au cours de cette intervention est de même nature pour les adultes que pour les adolescents ? Est-ce qu'il est envisageable d'accompagner ces publics de même manière ? Écoutez, il y a des choses qui peuvent convenir aux deux. Par exemple, la sorte de tableau de réflexion et de stage que nous avons imaginé avec Valérie Cohen Scali peut très bien convenir à des jeunes comme à des adultes. Compléter le tableau que j'ai montré tout à l'heure où on avait en colonne le labeur, la fabrication et l'action et en ligne les quatre sous-systèmes d'activité, c'est quelque chose que n'importe quel jeune, disons à partir de 13-14 ans et n'importe quel adulte peut commencer à compléter. Ça peut être une base de réflexion. Ensuite, il y a Réfléchir, par exemple, à d'autres formes d'organisation de l'économie, de la production, etc. Des jeunes qui sont dans des lycées en économie sociale, etc. peuvent réfléchir à ce genre de questions, de même que certains adultes. Mais moi, je ne vois pas tellement la différence principale. Je la vois entre ceux qui n'ont pas d'autre choix que d'accepter un labeur parce qu'ils doivent survivre et ceux qui ont un certain choix. Donc, c'est plutôt là que se trouve la différence, pas entre jeunes et adultes, c'est entre le fait d'avoir des possibilités de s'engager dans une vie professionnelle reposant sur des choix personnels ou au contraire, l'obligation de prendre ce que l'on trouve pour survivre. Je vous livre deux questions qui reviennent sur la place des objectifs du développement durable. et que toutes deux sont convergentes. La première est formulée en 7a, mais est-ce que l'intégration des ODD dans les métiers ne relève pas en réalité d'une opération de greenwashing ? Et plus fondamentalement, est-ce que les ODD ne sont pas un piège qui en réalité finira par favoriser l'anthropocène ? Alors là, ça renvoie, c'est une question extrêmement importante, mais ça renvoie à un débat, un débat, un débat de fou. Dans le livre Routledge, qui est très intéressant sur le développement durable, comme je vous l'ai dit, il y a un chapitre qui dit que le techno-optimisme, c'est-à-dire centrer les questions de développement durable en les réduisant à des problèmes de transformation, de la production, de changement technique dans la production va à l'encontre d'un développement durable. D'autres chercheurs sont moins pessimistes. Personnellement, je ne sais pas comment répondre à cette question. La seule chose quand même que je peux dire, c'est que ce n'est pas en se centrant sur les métiers de la transition énergétique, que l'on va dans le sens d'un développement durable et équitable. Ça, c'est une erreur. Et ça, je suis très, très gêné par les recherches, les publicités qui sont faites justement sur la réflexion sur les métiers les nouveaux métiers, etc. Parce que c'est limiter le problème d'une telle façon qu'on risque de ne pas le traiter. Voilà ce que je peux dire sur ce point. Vous avez introduit votre propos en nous présentant au fond deux lignes idéologiques extrêmement claires que je vais résumer de manière caricaturale, une ligne émancipatrice et une ligne équationniste. Est-ce que vous évoquiez très clairement le congrès de 1913 aux États-Unis ? Ça fait maintenant un peu plus d'un siècle qu'il s'est écoulé. Est-ce que le débat n'implique pas que l'on dépasse cette opposition frontale ? Est-ce que le réel ne serait pas la prise en considération des deux dimensions ? Si, le réel consisterait précisément à prendre les deux dimensions ensemble. c'est-à-dire à aider les personnes à réfléchir à leur propre développement, mais en réfléchissant aussi aux conditions d'organisation de la production et des échanges qui permettent un tel développement. C'était d'ailleurs ce que visaient les chercheurs comme John Dewey, qui a collaboré via des représentants de de sa pensée lors de ce colloque, il n'était pas présent, mais George Herbert Mead, lui, était présent. Et pour eux, l'objectif, c'était quand même de viser une insertion dans le monde du travail. Mais quand je me prends le monde d'insertion, j'ai l'air, je fais comme si le monde du travail existait. C'était une insertion transformation du monde du travail, une insertion transformation de l'éducation. C'était donc les deux. peuvent être liées. Mais en fait, ce que l'on observe actuellement, c'est que l'aspect transformation est laissé de côté. Et donc, c'est pour ça qu'on a deux lignes qui apparaissent séparées. Vous avez insisté sur la dimension essentielle d'un accompagnement collectif. quelle place pour l'accompagnement individuel face à celui-ci ? C'est-à-dire que moi, j'ai parlé plutôt d'un atelier d'accompagnement à l'orientation, mais il doit toujours y avoir des phases individuelles. Ce que j'ai observé, parce que dans le temps, il y a très longtemps, il y a presque un demi-siècle, j'ai travaillé concrètement avec des groupes de jeunes, c'est qu'en général, Lorsqu'on met en place une action collective, c'est-à-dire un groupe qui travaille, il y a plein d'idées qui germent, il y a plein de choses qui se passent. Mais après ce moment collectif, qui, à mon avis, est très, très important parce que ça fait naître chez chacun des idées qu'individuellement, la personne n'aurait pas, des représentations, etc. Après ce moment collectif, il y a toujours une phase individuelle et la personne revient individuellement en disant je voudrais moi maintenant que l'on parle de mon cas échangé. Donc échanger sur mon cas, je voudrais vous dire des choses. J'ai ceci, j'ai cela, j'aimerais aider, que vous m'aidiez à y voir clair. Donc pour moi, les deux ne s'opposent pas. Mais je pense que la phase collective est presque indispensable. pour avoir une phase individuelle beaucoup plus riche qu'un simple ancrage dans les stéréotypes personnels. Je vais conclure par une question qui nous est posée par un auditeur qui vous demande si les prises de parole de plus en plus récurrentes des étudiants de certaines écoles sur leurs préoccupations environnementales attestent ou non d'une véritable transformation des valeurs des jeunes générations. Alors, je ne peux pas parler pour l'ensemble des jeunes générations, mais j'ai été frappé par exemple. parce qu'il s'est passé lors d'une remise de diplôme, je crois que c'était Agro Paris Tech, on a vu ça dans des journaux télévisés ou sur des réseaux sociaux, où finalement des jeunes qui étaient diplômés disaient, ben voilà, vous nous avez appris l'agriculteur d'hier et nous, notre travail, c'est de développer l'agriculture durable pour un monde de demain. Donc, il y a Là aussi, je pense que la jeunesse n'est pas homogène, mais donc il y a des tendances importantes dans la jeunesse. On le voit par les mouvements. En France, on les voit moins bizarrement. On les voit moins que dans d'autres pays d'Europe ou dans d'autres pays riches. Mais il y a des mouvements très importants dans la jeunesse qui se préoccupent d'un développement durable et équitable. Et on comprend puisque ce sont les premiers concernés par ce qui se passe. Merci infiniment, Monsieur Guichard. Nous arrivons au terme de ces huitièmes rendez-vous de l'orientation qui sont le dernier événement de cette année scolaire. Votre conférence sera mise à disposition sur unicef.fr en rediffusion dans les meilleurs délais très rapidement. Et je réitère en notre nom, au nom de Frédéric-Alexandre Obéi, notre directrice générale qui est présente et dont j'ai relayé quelques-unes des questions, nos remerciements les plus sincères. Et je vous informe toutes et tous que la programmation des rendez-vous, de la nouvelle saison des rendez-vous de l'Orientation 2024-2025 est en cours de finalisation, que nous vous retrouverons dès le mercredi 18 septembre à 14h. Nous recevrons à cette occasion Mme Sama Karaki, neuroscientifique, fondatrice du Social Brain Institute. Sa conférence nous interrogera avec ce titre. Est-on libre de s'orienter ? Merci à toutes et à tous et à très bientôt. Au revoir. Au revoir et merci beaucoup.
Comment les concepts de "vie active", de "forme de vie" et de "capabilité" pourraient-ils nourrir l’accompagnement à l’orientation et répondre aux objectifs de développement soutenable et équitable ? Jean Guichard est professeur émérite de psychologie au Cnam (Conservatoire national des arts et métiers). Ses travaux portent notamment sur le rôle des dialogues de life design dans la construction de soi et sur l’accompagnement à l’orientation vers un développement équitable et soutenable.
Vidéo publiée en avril 2024
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Frédérique Weixler, actuellement inspectrice générale de l'éducation, du sport et de la recherche, intervient comme experte en politique éducative à l'international.Elle aborde l'orientation dans tous ces états : polysémie, mythes, croyances et attentes irrationnelles et montre comment leur construction et...
Promouvoir l'égalité et la diversité au travers du langage
Psycholinguiste expérimental, Pascal Gygax cherche à comprendre les liens entre le langage, la pensée et les constructions sociales liées au genre. Ses travaux portent principalement sur la manière dont notre cerveau traite les différents sens possibles du masculin. Cette phrase anodine "Le médecin a...
Les cités éducatives
Loïc Bourdin, chargé du suivi départemental des cités éducatives de l’Essonne et chef de projet du Grand Projet Educatif de Grigny, partage avec nous son expertise de la mise en œuvre de ce projet ambitieux et préfigurateur visant entre autres à fédérer tous les acteurs de l’éducation scolaire et périscolaire, dans les territoires...
L'apprentissage comme voie d'excellence - Christophe Aufort
Christophe AUFORT est directeur général du Groupe AFORP, organisme de formation professionnelle dans les métiers de l’industrie et du numérique. L’Aforp accompagne près de 1 600 salariés, 400 demandeurs d’emploi et 1 850 jeunes dans l’apprentissage de leur métier en proposant plus de 50...
L'orientation scolaire, un analyseur des inégalités sociales dans une société en mutation
Aziz Jellab, docteur en sociologie et en sciences de l’éducation, part du constat que le système éducatif est confronté à de nombreux défis dans une société en mutation : le numérique, la mondialisation, la société de l’information (et désinformation),...
Faire de son orientation un jeu
Shékina Rochat, docteure en psychologie de l'orientation à l'Université de Lausanne, présente son approche de l'orientation par le jeu et en explique les fondements, la mise en œuvre concrète et les effets attendus. En orientation comme dans un jeu, la personne va identifier ses objectifs (sa mission), ses possibilités d’action...
L'orientation : une question métaphysique
Frank Burbage propose une approche philosophique, partant de l’idée que l’orientation est l’affaire de tous. Celle ci requiert une approche très ouverte, opérationnelle et réflexive à la fois, authentiquement pluraliste.
Formation professionnelle - favoriser l'engagement des élèves, Bertrand Derquenne
Bertrand Derquenne, proviseur du Lycée Jacques Le Caron d’Arras, partage son expertise du pilotage d’un établissement complexe et de la mise en œuvre d’expérimentations innovantes au cœur d’un projet d’établissement ambitieux. Sport, culture, mobilité, tout est pertinent...
Du décrochage, à l'accompagnement à l'orientation, Nathalie broux
Nathalie Broux, enseignante de français au micro-lycée du Bourget (93) met en avant les questions liées aux processus d’orientation en lycée et nous éclaire sur les besoins spécifiques des élèves en situation de décrochage et de raccrochage scolaire.
L'éducation inclusive, Geneviève Bergeron
Geneviève Bergeron, Professeure à l’université du Québec à Trois Rivières, aborde les aspects pédagogiques de l'éducation inclusive. Elle met en avant les pratiques qui peuvent soutenir l’apprentissage et la participation sociale de tous en classe et questionne les défis actuels liés à la mise en œuvre de...
L'accompagnement : une posture professionnelle spécifique
Maela PAUL, docteure en sciences de l'éducation à l'Université de Nantes, donne des clés pour penser sa pratique et partage des repères utiles pour l’action : pratique réflexive, problématisation d’une situation vécue, collectifs accompagnants, intelligence collective.Quelle posture...
Accompagner à l'orientation de manière innovante
En tant que proviseure, Aïcha Amghar a participé à la création du lycée innovant Germaine Tillion du Bourget (académie de Créteil). Le lycée Germaine Tillion propose une offre scolaire cohérente et unifiée, pour favoriser un climat de travail rassurant et exigeant. L’interdisciplinarité y est présente à...
L'enseignement agricole
Frédéric Palluy nous présente les missions et spécificités de l’enseignement agricole en mettant l’accent sur sa diversité et son ancrage territorial. L’enseignement agricole relève de la compétence du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Il regroupe l’enseignement technique agricole et l’enseignement...
La régulation politique de l'orientation scolaire
Thierry Berthet, directeur de recherche CNRS et directeur du Laboratoire d’Économie et de Sociologie du Travail, propose une analyse politique du cadre institutionnel de l’orientation, en mettant en perspective 50 ans d’évolution de ses modes de régulation. Les finalités du processus d’orientation accordent...
L'obligation de formation 16-18 - Pascale Joly
Pascale Joly, directrice de la Mission locale de Saint Malo, nous parle de l'obligation de formation des 16 18 ans.
Orientation, interculturalité et réussite, Professeure Marie Rose Moro
Le Pr Marie Rose Moro, enseignante-chercheuse et cheffe de service de la Maison des adolescents de Cochin, Maison de Solenn (AP-HP), présente l'importance de la valorisation des compétences des adolescents et les éléments qui peuvent les aider à se sentir légitimes à l'école. Elle évoque...