Les plateformes numériques d’orientation : quels outils et quels enjeux dans une perspective de justice sociale ? - OnisepTV : l’information pour l’orientation en vidéo
Les plateformes numériques d’orientation : quels outils et quels enjeux dans une perspective de justice sociale ?
Accompagnement des Equipes Educatives
J'ai réalisé plusieurs enquêtes et publié quelques articles sur ce sujet avec différents collègues. Je vais bien sûr mobiliser les principaux résultats et enseignements de mes propres travaux, mais je souhaitais aussi saisir l'occasion de cette intervention, de cette communication pour présenter tout un ensemble d'autres résultats, de travaux de collègues, pas mes propres travaux, car beaucoup de travaux se sont développés ces dernières années, notamment sur la réforme liée à l'accès aux études supérieures et donc à Parcoursup. Donc voilà, mon propos va essentiellement porter tout de même sur cet aspect-là de notre système éducatif et de l'usage des plateformes dans ce cadre. Pour commencer, je voulais partir du constat que les plateformes numériques d'orientation sont devenues un objet assez ordinaire dans le paysage de l'orientation. En l'espace d'une quinzaine d'années, elles sont devenues vraiment des médiations assez courantes et même souvent considérées comme premières et principales en matière d'orientation. Il pourrait y avoir des malentendus sur ce qu'on entend par plateforme d'orientation. Il semble nécessaire de distinguer deux familles de plateformes. d'un côté des plateformes qu'on peut qualifier d'orientation et d'affectation, et souvent on parle d'ailleurs de plateformes d'accès essentiellement, cela correspond aux plateformes qui sont administrées par les services de l'éducation nationale et ou de l'enseignement supérieur, et il s'agit d'objets institutionnels, la plateforme FMNet pour l'orientation de la troisième au lycée, la plateforme Parcoursup que j'ai déjà évoqué et depuis plus récemment la plateforme MonMaster pour l'accès, comme son nom l'indique, au master. Et d'un autre côté, il existe tout un ensemble d'autres plateformes d'orientation et qu'on peut qualifier d'orientation au sens strict ou d'information et d'orientation. En tout cas, il s'agit d'outils, d'interfaces numériques qui n'interviennent pas dans la procédure institutionnelle d'affectation et d'accès à la poursuite des études. Et ces plateformes sont administrées par d'autres acteurs, qu'ils soient publics ou privés. On pense parmi les acteurs publics aux collectivités locales que sont les régions. La plupart des régions ont aujourd'hui développé, par le biais de leurs agences régionales d'orientation, des plateformes. J'ai mis ici simplement celle de l'Île-de-France parce que je m'étais un peu intéressé à cette plateforme qui a lancé Oriane. Il existe aussi des plateformes administrées par des associations L'une assez connue, très connue même, c'est l'association Article 1 qui a lancé sa propre plateforme qui s'appelle Inspire. Et puis il existe aussi des plateformes d'entreprises par exemple Diploméo, et puis des plateformes qui ont été lancées par des particuliers, alors certes qui sont chercheurs et parfois associés à des laboratoires, quand on pense notamment à la plateforme SupTracker qui a été lancée par Nagui Bechichi et l'un de ses collègues, pour justement l'accès aux études supérieures. Donc on a d'un côté des plateformes qui fournissent de l'information et des fonctionnalités d'aide à la décision dans le cadre de procédures nationales d'affectation scolaire et d'un autre côté des plateformes qui fournissent de l'information en amont ou en périphérie des procédures d'affectation scolaire. Ma communication va porter essentiellement et même quasi exclusivement sur la première famille de plateformes, étant entendu que sur le volet information de ces plateformes, on touche à des questions et des problématiques qui concernent aussi la deuxième famille de plateformes. Alors qu'est-ce qu'une plateforme d'orientation de manière très synthétique ? On peut la définir comme une interface numérique qui centralise pour un public cible des informations sur l'offre de formation et ou des fonctionnalités permettant de gérer une candidature ou une affectation. Ces plateformes d'accès, d'orientation et d'affectation remplissent une fonction d'appariement, dit-on, entre offre et demande de formation. On parle d'appariement au sens de formation de pair, des pairs entre candidats et recruteurs, on va dire, entre demandeurs de formation et offreurs de formation. Ces plateformes présentent trois dimensions constitutives. On peut dire tout d'abord un dispositif informationnel, parce qu'il y a tout un ensemble d'informations qui sont produites et mises en forme sur les formations, les débouchés, les procédures, et aussi pour les recruteurs sur les candidats. Il s'agit aussi d'une infrastructure technique. Il y a un algorithme d'appariement qui est utilisé. ou qui sont utilisées, il y a une base de données ou des bases de données qui sont constituées et il y a une interface utilisateur. Donc ça ce sont des aspects beaucoup plus techniques de ces plateformes. Et puis c'est un aspect qui m'intéresse moi particulièrement, ces plateformes compte tenu de leurs liens avec des procédures public, on va dire, valent d'être considérés comme des instruments d'action publique, au sens où des auteurs tels que Laskoum et Legalas en ont parlé, en considérant que ces instruments, malgré leurs aspects techniques, ne sont jamais strictement techniques, ils sont porteurs de normes, de valeurs et de représentations sur ce que doit être, en l'occurrence, une orientation juste. Donc une plateforme n'est jamais un outil neutre, purement technique, Il traduit cet outil et diffuse des conceptions et ce qui va m'intéresser aujourd'hui c'est les conceptions de la justice qui sont véhiculées au travers de ces outils. Deux autres notions me semblent importantes pour étudier les plateformes dans cette perspective. La première, bien entendu, c'est celle de justice sociale. Cette notion renvoie en réalité à la question de la légitimité des règles et des critères qui sont mobilisés pour allouer les formations aux candidats, pour donner accès aux études qui sont demandées. Et on peut distinguer, au moins schématiquement, trois principes dont on va voir qu'ils sont en tension dans les politiques d'orientation. C'est un principe de mérite qui consiste à récompenser les performances scolaires, un principe d'égalité formelle Il s'agit de traiter tous les candidats selon les mêmes règles, et puis un principe d'équité, et là on a à l'esprit des compensations attribuées pour lutter contre des inégalités de départ et pour garantir des chances réelles. Donc ces trois principes ne sont pas nécessairement antagonistes, Mais c'est trois principes différents et qui peuvent être combinés de manière différente aussi, et les plateformes servent aussi à ça, du moins les plateformes d'affectation. Une autre notion clé, c'est celle de choix scolaire. C'est un terme qui est utilisé depuis depuis au moins une bonne quinzaine d'années dans la littérature en sociologie de l'éducation. On utilise ce terme pour prendre une forme de distance réflexive, éventuellement critique, avec la question du libre choix, qui est une notion qui est très présente dans les orientations politiques. Et donc, ce à quoi on est attentif, c'est d'envisager les choix scolaires vraiment sous l'angle de processus de décision. Et ce qu'on entend par là, c'est le fait que ces décisions ou ces choix sont toujours en réalité des négociations qui mettent en relation différents acteurs. un élève, candidat, sa famille, son établissement ou les acteurs de son établissement, en premier lieu ses enseignants, son professeur principal, et puis aussi les pères, que sont ses amis, ses camarades, ses réseaux d'influence. Deuxièmement, les choix scolaires sont toujours des arbitrages entre d'un côté des aspirations, ce que l'on voudrait faire comme étude, et d'un autre côté des contraintes, ce que l'on peut faire compte tenu des règles, mais aussi compte tenu de ses résultats et compte tenu de ce qu'on estime probable ou possible de faire. Et puis, troisièmement, ces choix sont des mécanismes qui ne sont pas exclusivement individuels. J'ai commencé à le dire, mais c'est un point qu'il faut vraiment souligner, et c'est une approche à laquelle je suis très sensible en tant que sociologue, c'est que ces mécanismes sont socialement construits, ils sont insérés institutionnellement, encadrés, et puis ils sont aussi, aujourd'hui, numériquement médiatisés par le biais justement des plateformes d'orientation. de l'action. Ma présentation va s'organiser en trois temps. Je vais d'abord prendre un petit moment pour resituer les plateformes d'orientation dans un contexte politique, historique, qui est celui des politiques d'éducation, et je vais montrer dans quelle mesure il y a une recomposition des normes et des enjeux de justice scolaire, dont sont tributaires en un sens les plateformes, mais auxquelles elles participent aussi, Je vais mettre en avant des phénomènes de massification scolaire qu'on connaît tous, de diversification aussi de l'offre scolaire, et puis des mutations, comme je disais, des conceptions de justice. Dans un deuxième temps, je présenterai en quoi les plateformes d'orientation peuvent être considérées tout à la fois comme des solutions et aussi comme des vecteurs de reproduction. Et là, je n'entends pas de reproduction des inégalités, même si c'est compris dedans, mais c'est aussi vecteur de problème. Comment des problèmes sont traités au travers des plateformes, comment on pense résoudre des problèmes, mais en même temps qu'on cherche à les résoudre au travers des plateformes, ces problèmes se redéfinissent, se recomposent. Et pour illustrer cela, je prendrai l'exemple de Parcoursup, qui est un instrument porteur de promesses et dont on sait aujourd'hui, même si on pouvait bien entendu déjà faire l'hypothèse lorsque cette réforme a été lancée, produit des effets limités et aussi des effets inégalitaires. Et ce sera l'aboutissement de la présentation, ce sera d'aborder la question de l'accompagnement à l'orientation, et donc de resituer les plateformes dans l'usage que l'on peut en faire en contexte scolaire, et en particulier dans les relations entre personnels d'établissement, les enseignants, les professeurs principaux d'un côté, et d'un autre côté, les élèves, eux-mêmes en lien bien entendu avec leurs parents et leurs pères. Donc j'aborderai la question des inégalités d'accompagnement et aussi les enjeux de recomposition professionnelle. Sur le premier temps, des politiques d'éducation aux plateformes d'orientation, il fallait tout d'abord repartir du phénomène de massification scolaire, mais en mettant la focale sur ses conséquences sur l'orientation. Ce qu'on peut dire, c'est que les politiques de démocratisation scolaire ont produit une transformation par vagues du système éducatif. C'est des choses qui sont assez bien documentées, qu'on partage assez facilement. Je passerai assez vite. Gématiquement, on ramène souvent la massification et l'exposition scolaire à trois vagues. Une première vague, à partir de la fin des années 50 jusqu'aux années 70, qui est celle de l'allongement des études obligatoires jusqu'à 16 ans et la généralisation du collège unique. C'est à partir, dans ce contexte-là, qu'un premier palier d'orientation s'est institutionnalisé, celui de la fin de troisième. Une deuxième vague à partir des années 80, avec l'objectif de 80% d'une génération au niveau du bac, et lié à ça, la création du bac professionnel, et une troisième vague depuis les années 2000, avec l'objectif de 50% d'une génération diplômée du supérieur, et depuis, une quasi-totalité des bacheliers généraux qui vont dans le supérieur, et plus de la moitié d'une génération de chaque génération. Donc ce processus, c'est celui qui a été initié par des politiques éducatives, qui ont abouti, ou qui correspond à un phénomène de massification, au sens de démocratisation quantitative, comme le disait Pro dès la fin des années 80. Deuxième élément important, c'est celui que par cette massification, il y a aussi par et à côté, en parallèle, il y a une diversification, alors une massification et une diversification de l'offre scolaire. Et que ces processus, ces mécanismes de diversification se sont accompagnés aussi de hiérarchisation. Pourquoi parler de diversification ? Parce qu'il y a une grande variété de parcours possibles dès en amont du baccalauréat, avec par exemple initialement le BEP, le CAP, encore aujourd'hui. Une diversification dès baccalauréat, je l'ai mentionné avec le bac professionnel, avant lui il y avait eu le bac technologique. Aujourd'hui, on sait qu'il y a un bac plus à la carte, en tout cas dans le général, avec un choix des options qui intervient en fin de seconde et en fin de première, et puis une diversification aussi des formations post-baccalauréat, qu'elles soient sélectives ou non sélectives. Ce que montrent les travaux statistiques et sociologiques sur l'offre scolaire, c'est qu'il y a une forme de hiérarchisation de ces différentes filières, en référence à la variété des profils sociologiques des publics qui sont accueillis dans chacune de ces formations. J'ai mis quelques exemples, le bac professionnel, il y a cinq fois moins d'enfants de cadre qui le passent, 2,5 fois plus d'enfants d'ouvriers qui passent le bac scientifique, par exemple. Dans le supérieur, les enfants de milieux très favorisés représentent 16% en filière STS, alors qu'ils sont 53% par exemple en CPGE et 64% dans les grandes écoles. Donc, les chances relatives d'accéder à telle ou telle formation, et notamment les grandes écoles, sont variables selon le milieu social d'origine. On dit que la massification a déplacé la hiérarchisation entre parcours, qu'elle ne l'a pas aboli, et on parle depuis Pierre Merle de « démocratisation ségrégative ». Enfin, les processus d'orientation se sont ramifiés par le biais de cette diversification et par le biais de l'allongement des études en une succession de paliers. Donc, il y a une structuration de l'orientation en palier progressif qui concerne de plus en plus d'élèves. au collège, je l'ai mentionné, au lycée, je l'ai évoqué aussi, et dans le supérieur avec maintenant un palier qui est devenu fort important aussi d'un point de vue démographique et institutionnel, celui du passage en master. Et ces trois paliers ont leur propre logique sociale. En fin de troisième, on sait que presque 70% d'accès à un cycle long se réalisent, avec une dispersion pourtant de 1 à 2 selon le milieu social par exemple. en matière de choix de spécialité au lycée, on commence à voir que les enfants de milieux favorisés sont surreprésentés dans toutes les combinaisons qui incluent les mathématiques. Et pour ce qui est du post-baccalauréat, avec Parcoursup, on sait qu'il y a un taux de poursuite dans le supérieur qui est variable, 93% pour les bacheliers généraux, 78,5% pour les bacheliers technologiques et 42% pour les professionnels. Ces parcours structurent ensuite les chances d'accéder aux études supérieures. Ensuite, je voulais aborder, dans ce contexte de massification, la mutation des conceptions de la justice en matière d'orientation. Pour schématiser à grands traits, On peut distinguer deux grands modèles, on va dire, de conception de justice, de la justice. C'est un premier modèle qu'on peut référer à une matrice qui est celle du programme institutionnel, tel qu'en a parlé François Dubé, et on peut associer cette matrice du programme institutionnel à la place du principe du mérite et aussi à l'utilisation de la carte scolaire. Donc le mérite scolaire, c'est un critère constant depuis la fin du 19e jusqu'à aujourd'hui dans la régulation de l'accès aux études, mais c'est un principe qui a connu aussi ses propres mutations. Agnès Van zenten a bien a bien présenté ça en montrant qu'à la fin du XIXe, l'appel au mérite visait à bouleverser les hiérarchies sociales fondées sur la naissance, qu'à partir du XXe siècle et plus encore, à partir du milieu du XXe siècle, l'enjeu est plutôt devenu, au travers du mérite, d'élargir la base de recrutement de l'élite en sélectionnant selon les aptitudes Et donc l'enjeu du mérite, c'était cette fois de répondre aux besoins de l'économie, de plus en plus, et puis on peut identifier un dernier tournant au XXIe siècle, beaucoup d'observateurs et de chercheurs s'accordent pour voir dans le mérite surtout une fiction nécessaire dans une société de plus en plus individualiste et moins soucieuse de maintenir une forme de cohésion sociale. Dans ce contexte-là, la carte scolaire a été conçue comme une modalité d'affectation privilégiée, par son caractère standardisé d'un point de vue procédural. Donc, la carte scolaire a été un instrument de gestion des flux, elle l'est encore. Gestion des flux aussi bien au sens où la carte, c'est ce qui permet de planifier l'offre scolaire, mais aussi de définir des règles d'accès à tel ou tel établissement selon son lieu de résidence. Et donc, ça constitue en soi une contrainte forte dans les orientations scolaires. et dans la possibilité de choisir ses établissements, et puis c'est devenu peu à peu un instrument de mixité scolaire aussi, avec l'idée de l'utiliser comme un outil pour limiter la concentration des publics défavorisés dans certains établissements. Donc tout ça pour dire que dans cette matrice institutionnelle, c'est l'État surtout qui décide de l'affectation, et en un sens la famille s'y conforme, il y a une forme de primat du collectif sur l'individuel. Et alors, depuis les années 1990-2000, beaucoup de limites de ce modèle ont été mises en avant. Parmi elles, les limites liées à la ségrégation socio-territoriale, et donc la carte scolaire ne ferait qu'enregistrer et reproduire en quelque sorte des inégalités de résidence, de lieu de résidence selon les catégories sociales. Et également des limites, en fait, liées à ce modèle, du fait de la possibilité de contourner les règles des familles qui demandaient, et qui demandent encore, des dérogations, qui mobilisent aussi la possibilité de faire des doubles inscriptions, qui choisissent un domicile en fonction du secteur scolaire, en fonction de leurs capacités économiques. Voilà, donc tout un ensemble de mécanismes qui, peu à peu, ont posé la question de renouveler nos conceptions de justice et les instruments pour faire valoir une forme de justice dans l'orientation scolaire. On est passé, peu à peu, à un autre régime, qu'on pourrait dire un tournant libéral, avec la mise en avant de la rhétorique du libre choix. qui valorise l'autonomie du choix, la responsabilisation des acteurs et aussi, en grande partie, la nécessité d'informer les usagers sur l'offre et les procédures d'accès aux différentes formations. Sur l'émergence du paradigme du libre choix, on peut le référer aux différentes réformes d'assouplissement de la carte scolaire, par exemple. On le réfère aussi à la valorisation de l'autonomie des familles. Vous savez que dans les procédures d'orientation, de plus en plus de discussions, d'échanges, de négociations ont été instaurées avec les familles, avec par exemple les fiches navettes qui permettent de recueillir les souhaits, les vœux des familles et des élèves, sur la base desquels les enseignants émettent un avis, et sur la base ensuite desquelles la décision est prise ou peut être rediscuté, et même il y a eu des expérimentations pour donner le dernier mot aux familles. Et puis, par ailleurs, il y a eu un phénomène de mise en concurrence des établissements, avec notamment des classements entre établissements qui permettaient, du moins dans les médias, aux familles de formuler des idées sur ce qui était le plus pertinent d'obtenir comme établissement de formation pour ces élèves. Enfin, ensuite, il y a une place très importante qui a été accordée à l'information comme nouvel levier de justice. C'est quelque chose qui apparaît de manière forte dans les années 60, avec la création par exemple d'organismes tels que l'ONICEP, chargé de produire et de diffuser de l'information sur l'offre scolaire. Donc, tout un ensemble de dispositifs d'information qui, peu à peu, ont vu le jour. Le NICEF, certes, mais aussi les salons de l'orientation, et puis, par la suite, les plateformes. Et puis, également, une rhétorique qui s'est développée, en plus de celle du libre choix, qui est celle du candidat éclairé. Une orientation juste, c'est une orientation qui est faite en toute connaissance de cause, donc à partir du moment où les principaux intéressés disposent de l'information sur la poursuite de leurs études possibles. Donc, on est passé à une conception renouvelée de la méritocratie qui fait reposer davantage la responsabilité sur les choix des individus. Donc, on est passé d'une orientation décidée par l'institution à une orientation négociée. On a vu, à partir des années 2000, se développer les premières plateformes d'orientation, et algorithmiques notamment, qui traduisent numériquement, on peut dire, ce tournant par le biais des plateformes. C'est de manière massive de l'information sur l'offre scolaire qui est fournie, qui doit permettre aux différents acteurs, élèves, familles, de formuler leurs vœux les plus éclairés. Mais donc très rapidement, et puis encore fortement aujourd'hui, on identifie des conséquences en termes de reproduction des inégalités de ce tournant libéral. qui ont appelé de ce fait la mise en place de nouvelles solutions, nouveau bout de réponse, on peut dire, que sont les mesures compensatoires. Alors, d'où viennent ces conséquences ? Ça vient du fait que les stratégies familiales sont très variées et qu'elles sont révélatrices des inégalités. En réalité, ce qu'on voit, c'est que les familles favorisées transforment et sont capables de transformer le libre choix en avantage compétitif, car elles disposent et développent une connaissance très fine du système éducatif, elles mobilisent leurs réseaux sociaux, familiaux, professionnels, pour mieux connaître les contextes et les choix les plus pertinents et stratégiques à faire. On sait par exemple, en termes de stratégie familiale, que 43% des lycéens ont saisi leur vœu par cours sup avec l'aide de leur famille, contre seulement 8% avec l'aide d'un enseignant. C'était dans une étude de l'OVE. en 2019. Donc un investissement fort par antenne, mais distingué socialement. Il y a donc un paradoxe libéral, plus d'autonomie formelle renforce finalement des mécanismes de reproduction. Il y a une auto-sélection qui est différenciée selon le milieu social. Alors on parle d'auto-sélection parce que les familles et les élèves vont intégrer les critères de sélection qui sont utilisés par le système scolaire pour différencier les élèves. Les familles populaires renoncent davantage à certains choix, à certaines orientations possibles, tandis que les familles aisées osent davantage à un même niveau scolaire comparable. C'est quelque chose qui est largement documenté dans les littératures sur l'orientation. Le choix scolaire vaut d'être considéré comme une rationalité située, des arbitrages entre risques et rendements possibles qui sont faits de manière différente selon les milieux sociaux. Et pour répondre à ça, des nouvelles, des mesures d'équité sont mises en place avec des bourses sur critères sociaux, l'introduction de quotas de boursiers admis dans les formations et les plateformes d'orientation, d'affectation permettent aussi d'intégrer ce type de dispositifs. Par ailleurs, autour des plateformes en tant que telles, sont mis en place des dispositifs de lutte contre l'autocensure, comme les candets de la réussite, etc. Alors, tout ça pour dire que les plateformes numériques vont matérialiser et opérationnaliser ces trois principes que j'ai essayé de mettre en avant, qui sont ceux du mérite, du libre choix et de l'équité. Donc j'en viens maintenant à ma deuxième partie, je vais essayer de faire de manière claire et rapide autour de deux parcours suivants. Alors je vais passer assez rapidement sur ça, sur le contexte et la jeunesse de la loi « Orientation et réussite des étudiants et de parcours sup » 2017-2018. On retrouve en fait des éléments que j'ai posés essentiellement. Pourquoi est-ce que cette réforme a été mise à l'agenda ? C'est en s'appuyant sur un diagnostic qui met en avant trois problèmes principaux. Un premier qui est celui de l'échec en licence, même si ce problème-là fait débat et est contesté, tout dépend de à quelle année de licence on se réfère pour statuer sur la question de l'échec. Deuxième élément du diagnostic, c'est le recours au tirage au sort. La procédure antérieure, celle d'APB, n'intégrait pas de classement pour l'accès à toutes les études, si bien qu'en fonction des capacités d'accueil des formations, on recourait à un tirage au sort, ce qui était perçu comme arbitraire et injuste. Et puis troisième élément, l'inégalité d'accès à l'information, ce que j'ai mentionné tout à l'heure au travers des différentes stratégies d'investissement familial. Et donc la loi ORE, Orientation et réussite des étudiants, a mis en avant trois objectifs liés à ces problèmes, celui d'améliorer la réussite étudiante, de garantir la transparence de l'information sur les formations et les attendus et de renforcer l'équité. Ça s'inscrit dans un contexte plus large, mais surtout, ce que je souhaitais mettre en avant, c'est que Parcoursup, c'est certes un dispositif central dans cette réforme d'accessibilité supérieure, mais ce n'est qu'un dispositif, ce n'est pas Parcoursup en lui-même qui porte les objectifs, et la réforme ne se réduit pas à Parcoursup. Pour autant, ça vaut la peine de s'intéresser à cette infrastructure en tant que telle, à cet instrument. Une manière de le faire, c'est de comparer Parcoursup à la structure et à la plateforme antérieure qui est APB. En un sens, Parcoursup s'inscrit dans la continuité de ce qui était APB. Il y a une même logique de centralisation nationale de la procédure d'affectation. et d'accès aux études supérieures, et il y a un même présupposé, on peut dire de manière générale, où les candidats sont considérés comme autonomes et capables de formuler des vœux éclairés. Pour ce qui est des changements, je les ai listés ici en en retenant six principaux. Un premier, c'est celui qu'avec la nouvelle procédure, il n'y a plus de hiérarchisation obligatoire des vœux des élèves. Ça a été considéré par les promoteurs de la réforme Parcoursup comme quelque chose qui allait simplifier les démarches des élèves, dans la mesure où on allait abaisser le niveau de réflexion stratégique à développer pour savoir comment hiérarchiser ses vœux. Du côté des recruteurs, des formations, en revanche, auparavant, il n'y avait pas de classement systématique des candidatures pour toutes les formations, c'était seulement les formations sélectives qui devaient le faire. Avec le passage à Parcoursup, la pratique du classement s'est généralisée à toutes les formations du premier cycle supérieur. si bien qu'on considère que le passage à Parcoursup a mis en place un nouveau régime de sélection généralisée de l'accès aux études supérieures. Le tirage au sort, j'en ai parlé, il était possible dans la procédure antérieure, son recours est supprimé depuis la mise en place de Parcoursup. Il y a une temporalité de l'appariement entre offre et demande qui a été revue. Cette temporalité était standardisée selon un tempo fixé nationalement et pour tous les candidats avec l'APB. Depuis Parcoursup, cet appariement se fait au fil de l'eau, individuellement, chaque candidat reçoit des propositions à son propre rythme, compte tenu de son propre classement dans les différentes formations qu'il a demandées, et c'est au rythme où il reçoit les propositions que chacun des candidats doit retenir ou laisser en suspens ses propositions. Il y a des règles d'équité qui ont été introduites dans le fonctionnement de l'algorithme propre à Parcoursup, mais au niveau du type d'algorithme national, il y a une différence importante entre APB et Parcoursup. On parlait d'algorithme d'affectation au sens strict avec APB, car chaque étudiant recevait une proposition qui valait proposition d'inscription et qui débouchait derrière en principe sur une affectation. Avec Parcoursup, les classements ne sont pas effectués, et l'affectation n'est pas effectuée de manière centralisée au niveau national, on va dire, les classements sont réalisés au niveau local, et ce que fait l'algorithme national, c'est de gérer des files d'attente pour obtenir ou pas une proposition d'inscription. Il y a une rupture principale à retenir, c'est la généralisation de l'examen des dossiers, y compris pour les licences universitaires qui jusqu'alors étaient non sélectives. Parcoursup, compte tenu des objectifs qui ont été assignés à cette plateforme, remplit différentes fonctions. Sur un registre informationnel qui répond à la promesse de la transparence, il y a tout un ensemble d'informations qui sont données sur les formations les caractéristiques, le contenu des formations, les attendus, quelles sont les compétences requises à l'entrée, quelles sont les capacités d'accueil, le nombre d'étudiants que peut recevoir chacune des formations, et des données statistiques sur les candidats qui ont été admis les années précédentes. Tout ça pour donner des clés de lecture aux étudiants, aux candidats, pour leur permettre d'apprécier leur chance d'être acceptés, puis de réussir dans les différentes formations. Il y a aussi tout un ensemble d'informations qui sont données et des fonctionnalités qui sont mises en place pour la gestion de la sélection en tant que telle. Pour l'examen des dossiers, par les commissions locales, les recruteurs disposent de tout un ensemble d'infos sur les résultats scolaires des élèves, leur parcours, les appréciations des enseignants. Les candidatures sont classées, comme je le disais, et les recruteurs disposent des fiches à venir qui ont été renseignées par les enseignants du secondaire. Et sur le registre de l'équité, il y a, comme je le disais, des mesures compensatoires qui sont mises en place avec des taux minimaux de boursiers en particulier. Maintenant, si on regarde les effets de la réforme, on peut tout d'abord dire assez rapidement qu'il y a une transparence de l'information qui est en trompe l'œil. Ce que les études diverses et les recherches montrent, c'est qu'il y a une transparence partielle ou en tout cas socialement différenciée. de l'information. Pourquoi dit-on ça ? Parce que certes, on dispose de beaucoup d'informations, mais en tout cas, dans les premières procédures Parcoursup qui ont été mises en place, Les algorithmes ou plus précisément les critères qui étaient effectivement utilisés par les différentes formations pour classer les élèves n'étaient pas documentés dans la plateforme, si bien que les candidats ne disposaient pas en fait des règles du jeu, on n'avait pas connaissance des règles du jeu précises pour savoir comment leur candidature allait être traitée. Il y a une information très abondante, mais peu lisible, en particulier pour les candidats qui disposent de peu de connaissances sur les attentes scolaires et l'organisation du système éducatif. Un sondage IPSOS qui avait été réalisé en 2022, c'est que seulement 27% des néobacheliers jugeaient la procédure parcoursup comme étant juste. Donc, on peut dire qu'il y a un paradoxe de la transparence. Il y a une multiplication des informations d'un côté, mais qui tendent à accroître les inégalités et l'opacité se déplace de l'algorithme central d'APB vers les algorithmes locaux ou les critères utilisés localement pour classer les candidatures. Ensuite, il y a donc de ce fait une auto-sélection qui persiste dans la formulation des vœux. Je vais aller très vite parce que j'ai déjà abordé ce thème, mais donc la nouvelle procédure ne rebat pas largement les cartes en la matière, même si on identifie dans les littératures une variété de stratégies adoptées en termes de formulation de vœux par les candidats. Mais si, par exemple, les collègues ont identifié des logiques qui répondent plutôt à des logiques stratégiques d'un côté, et d'un autre côté, des logiques qui sont plus tactiques, autrement dit, de gestion de l'incertitude. Et donc ils ont identifié une variété comme ça de formulation des vœux, selon des logiques soit de vœux uniques, soit de multiplication défensible ou alors tout simplement de refuges. Et ces différentes stratégies sont différemment appliquées selon les étudiants et leur milieu social. Enfin, il y a un renforcement de la stratification de l'offre du supérieur. C'est un élément qui ressort fortement des premières analyses quantitatives qui ont été réalisées à l'échelle nationale. En moyenne nationale, en réalité, aujourd'hui, on peut dire que le passage à Parcoursup n'a pas aggravé de manière globale la ségrégation sociale entre filières. De même, les mesures d'équité ont un effet relativement limité dans l'accès aux études supérieures. Donc, à un niveau national, il n'y a pas d'aggravation forte des inégalités. Par contre, si on s'intéresse plus spécifiquement au cas des formations en tension, Et si on s'intéresse aux territoires qui sont les plus attractifs et qui concentrent le plus de demandes et qui donc concentrent le plus de formations en tension, eh bien là, on voit une forme d'aggravation, une aggravation assez évidente des inégalités. Le mécanisme est qu'avec la généralisation de l'examen des dossiers d'un côté et l'assouplissement de la sectorisation de l'autre, il y a une compétition nationale dans les gagnants structurels sur les candidats les mieux dotés scolairement. Il y a par ailleurs un renforcement des hiérarchies entre établissements. avec un essor des vœux vers les formations sélectives et privées d'un côté, et une baisse des vœux en licence, en particulier dans les académies les moins attractives, notamment en Ile-de-France, Créteil et Versailles. Et donc, on a comme effet principal, peut-on dire, non pas une exclusion directe, bien sûr, des candidats, mais une homogénéisation croissante des publics dans les formations les plus attractives. Maintenant, j'en viens à la question de l'accompagnement à l'orientation. Compte tenu de tout ce que je viens de poser comme constat et comme mécanisme, l'accompagnement apparaît comme un enjeu très important et de plus en plus reconnu comme tel. parce qu'on l'a vu, il y a une inégale mobilisation des familles dans l'orientation et dans ces procédures. Le rôle central de la famille est socialement différencié dans la procédure Parcoursup. 43% des lycéens ont saisi leur vœu avec leur famille, je vous l'ai dit, dans la première procédure, dans la première édition de Parcoursup. Je l'avais déjà mentionné, sans médiation familiale ou enseignante, les candidats méconnaissent les informations disponibles ou les interprètent à travers le filtre de leur représentation initiale. pour près de 60% des étudiants, c'était ce risque-là qui apparaissait nettement compte tenu des premières études qui étaient faites sur Parcoursup. Et donc, les plateformes sont des révélateurs, en quelque sorte, de cette asymétrie. Les familles favorisées transforment les outils numériques en ressources stratégiques, tandis que les familles populaires et les élèves de milieux populaires y voient davantage une source d'anxiété là aussi c'est quelque chose qui apparaît au travers de sondages en particulier. Donc la plateforme présuppose un candidat idéal, autonome et stratège, mais en réalité ça génère des vécus, des expériences très différentes. Et donc un nouveau problème a été mis à l'agenda de manière claire, c'est celui de l'accompagnement avec l'objectif de fournir à chaque lycéen 54 heures d'accompagnement en terminale. Mais très rapidement, depuis la mise en place de ces orientations, on va dire en 2018, on a pu constater que ces heures d'accompagnement étaient sous mise en œuvre. du fait d'une absence de financement dédié spécifiquement à l'accompagnement, du fait aussi d'une complexité organisationnelle dans les établissements, les lycées liés à la réforme du baccalauréat, et donc des résultats très variables, des pratiques très variables selon les établissements dans la mise en place de l'accompagnement. Ces limites ont justifié tout récemment la mise en place, le lancement d'une nouvelle réforme dont beaucoup d'entre vous ont dû entendre parler, qui est celle du plan avenir. L'idée c'est de réformer à nouveau le système de l'orientation autour de trois principes. notamment celui de l'équité, d'envisager vraiment l'orientation comme une compétence à développer, donc de développer une éducation à l'orientation au travers de l'accompagnement, et puis aussi d'instaurer un programme pluriannuel d'orientation dans chacun des établissements. Et pour opérationnaliser ce plan avenir, une nouvelle plateforme a vu le jour. C'est la plateforme Avenir qui a été pensée comme un outil aussi bien pour les élèves que pour les personnels, de manière à pouvoir accompagner et de pouvoir suivre en un sens l'accompagnement à l'orientation des élèves fait de manière numérique en établissement. Donc un accompagnement réel est considéré comme fondamental pour une orientation juste et efficace, mais cet accompagnement, bien entendu, sera d'une efficacité très variable selon les conditions locales de sa mise en œuvre. Pourtant, j'insiste, l'accompagnement en établissement fait vraiment figure de levier potentiel de changement et de réduction aussi des inégalités en matière d'orientation. Des travaux qualitatifs, ceux d'Esther Gurine par exemple, ont mis en avant qu'il y a un effet médiateur de l'accompagnement des professeurs principaux. En effet, les élèves principalement accompagnés par un professeur principal apparaissent significativement plus satisfaits de l'information reçue et de leur expérience globale de la procédure. Et en particulier, cet accompagnement joue un rôle de sécurisation procédurale pour les élèves. Il réduit largement leur anxiété. et la procédure est vécue de manière moins complexe et moins contraignante que lorsque les élèves sont livrés à eux-mêmes. Mais en même temps, les observations en établissement permettent d'identifier que l'effet médiateur des enseignants va être aussi très conditionnés, en réalité, par la construction plus ou moins établie, on va dire, des aspirations des élèves avant même qu'ils soient accompagnés. Donc, ce qu'on voit, c'est que les élèves qui disposent déjà d'un projet bien défini reçoivent l'accompagnement comme une forme de validation, alors que les élèves qui ont des aspirations plus floues ont plus de mal à tirer parti de l'accompagnement. On peut en conclure provisoirement qu'il y a un risque de confirmation en réalité des représentations initiales plutôt que de leur dépassement au travers de l'accompagnement en établissement. Je passe assez rapidement parce que je vois que le temps file. J'en viens à l'idée qu'il y a un nouveau rôle pour les enseignants qui est reconnu, mais On parle d'un mandat élargi. J'ai publié un article qui met cela en avant avec Paul Lenner. Ce qu'on peut dire, c'est que depuis la réforme de 2018, il y a une responsabilité spécifique en matière d'accompagnement qui est vraiment attribuée aux enseignants, en particulier aux professeurs principaux. Mais le paradoxe, c'est que ce mandat a été attribué sans avoir été revendiqué initialement par les enseignants est directement concernée. Donc, il y a en fait une carence ressentie par les enseignants en termes d'aptitude, de compétence, de formation initiale pour prendre en main cette responsabilité et on identifie aussi des difficultés à faire reconnaître cette activité de manière locale. Ce que tendent à valoriser les enseignants du secondaire, c'est leur compétence dans leur propre discipline d'enseignement, et c'est le fait d'arriver au terme du programme qu'ils ont à enseigner à la fin de chaque année. Et puis par ailleurs, ce qu'on voit, c'est des manières d'accompagner à l'orientation qui suivent plus en avant une logique adaptative, en quelque sorte d'intégration des normes et des critères de sélection, plutôt qu'une logique expressive d'un autre côté, qui prendrait le temps vraiment de travailler sur la construction des aspirations par les élèves. Je renvoie à un article qu'on avait publié également avec Paul Lehner sur ces pratiques d'accompagnement à l'orientation où on avait proposé une typologie de quatre figures professionnelles d'enseignants Donc, on avait une figure d'empêché, de bricoleur opportuniste, d'expert conseil ou de coach. En fait, les uns et les autres pouvant être situés dans une matrice où on prend en compte d'une part des aspects quantitatifs qui sont ceux de la fréquence et du volume d'intervention et d'information qui sont diffusés auprès des élèves sur la procédure et les enjeux de la poursuite d'études et de l'insertion professionnelle, mais aussi un axe plus qualitatif qui est celui de la manière dont les enseignants s'investissent dans leurs nouveaux mandats et dans quelle mesure est-ce qu'ils se positionnent par rapport à une logique qu'on qualifie d'adaptative ou d'expressive. J'en viens à ma conclusion. Tout d'abord, pour rappeler les points importants de mes différentes parties, j'ai essayé de mettre en avant dans quelle mesure, au cours des dernières décennies, on a vu une évolution des normes de justice en matière d'orientation et dans quelle mesure les plateformes numériques matérialisent et opérationnalisent ces nouvelles conceptions de la justice. à propos de Parcoursup, c'est un instrument qui est porteur de promesses mais qui est aussi reproducteur d'inégalités, par exemple sur les questions de transparence de l'information, l'apport des plateformes et n'est pas si évident que ça, et ça pose la question des médiations humaines en établissement qui sont réalisées pour que les élèves s'approprient de la manière la plus bénéfique pour eux des informations qui sont mises à disposition sur les plateformes. Et puis, troisièmement, l'enjeu de l'accompagnement, bien entendu, qui ne se réduit pas aux simples outils numériques et qui suppose en fait un investissement, en grande partie institutionnel tout d'abord, pour apporter une formation et un accompagnement, un suivi aux enseignants qui vont accompagner les élèves. Donc, pour répondre à la question sur les outils, les enjeux portés par les plateformes en matière d'orientation, on peut dire que ce qu'elles font réellement, c'est d'organiser et de rationaliser la rencontre entre une offre de formation hiérarchisée aidée de demandes socialement inégales et qu'elle rende opérationnelle aussi des compromis politiques entre mérite, libre choix et équité. Ce que ma présentation a essayé de mettre ensuite en avant, c'est qu'il y a tout un ensemble de choses et de promesses qu'elles ne peuvent pas réaliser toutes seules. La première, c'est celle de réduire des inégalités d'aspiration qui se jouent en naissance en amont des procédures d'orientation et d'affectation en tant que telles, et deuxièmement, ce qu'elles ne peuvent pas non plus, c'est compenser les asymétries de ressources familiales, culturelles et informationnelles qui conditionnent la capacité à utiliser les plateformes. Donc, les plateformes ne peuvent contribuer à la justice sociale que si elles s'inscrivent dans un système d'accompagnement qui est structuré, formé et reconnu. Voilà, je vous remercie pour votre attention et maintenant je me ferai un plaisir de répondre à vos remarques et à vos questions. Merci beaucoup, un grand merci M. Pein pour cette intervention très éclairante. Pour lancer la discussion, je me permets de vous poser une première question. Vous nous avez montré que les plateformes d'orientation offrent de réelles opportunités, mais qu'elles peuvent aussi, si elles ne sont pas utilisées avec précaution, renforcer certaines inégalités. Dans ce contexte alors, comment selon vous conciliez concrètement l'usage de ces outils numériques avec l'accompagnement des équipes éducatives, afin qu'ils deviennent de vrais leviers pour l'égalité des chances et non des facteurs de reproduction des inégalités ? Merci, question pas évidente qui m'amène sur un registre plus opérationnel et on a tendance à considérer comme normatif quand on est plus un observateur et un analyse de ces questions. Mais je ne veux pas totalement voter en touche. Je dirais que c'est assez classique, mais d'abord, il y a probablement un travail à faire d'allègement de la charge, en quelque sorte, du travail qui va être réalisé de manière individuelle, en classe, par les professeurs principaux. Donc, ce qu'on voit beaucoup quand on va dans les établissements, c'est qu'il y a des enjeux d'organisation du travail et de division du travail entre professionnels et personnels à l'échelle des établissements en matière d'orientation. Les enseignants ne sont pas tous seuls et les professeurs principaux ne sont pas tous seuls. Il y a une équipe de direction et il y a potentiellement aussi des référents, orientations qui ont des mandats spécifiques dans l'établissement. Il y a bien entendu les psychologues de l'éducation nationale qui peuvent intervenir auprès de l'équipe de direction, par exemple pour définir une politique, autrement dit une organisation assez réfléchie des actions à conduire au fil de la présence des élèves dans leur établissement. L'usage des plateformes en individuel et en classe doit s'inscrire dans une organisation du travail qui est bien pensée et partagée à l'échelle à l'échelle locale. Par exemple, il peut y avoir un premier niveau d'information sur la procédure et sur la présentation des outils numériques qui peut être réalisé par l'équipe de direction, à destination de l'ensemble des parents, de manière à ce qu'ensuite les professeurs principaux, et plus largement l'ensemble des enseignants, puissent intervenir et accompagner de manière plus individuelle les élèves. Merci pour votre réponse, M. Pein. J'essaie, pour une dernière question, de rebondir directement sur les messages qui ont été postés sur le chat, notamment sur l'affaiblissement des services d'orientation, la difficulté pour les établissements et les enseignants à assumer pleinement cette mission, et le développement, comme vous le disiez, en préambule, d'activités de plateformes extérieures, qu'elles soient régionales, associatives ou privées. La question, je pense, des collègues sur le tchat, c'est dans ce contexte un peu fragmenté, dirons-nous, comment ces plateformes numériques d'orientation peuvent-elles réellement contribuer à un accompagnement équitable et coordonné plutôt que d'accentuer ces inégalités ? Je vais un peu me répéter, mais c'est sûr que je vous rejoins dans ce diagnostic d'un contexte fragmenté de l'accompagnement ou de l'orientation, on va dire, plus largement. Il me semble que, justement, une manière de répondre autant que possible à cette limite, c'est celui de jouer sur, d'une part l'accompagnement, c'était l'objet de mon intervention, qu'on se donne les moyens institutionnellement, professionnellement, politiquement, de renforcer les possibilités en local d'accompagner les élèves en matière d'orientation. Et puis, une autre manière aussi, c'est d'essayer d'abaisser aussi Les autres facteurs qui génèrent de l'inégalité, ce n'est pas seulement les informations qui génèrent des inégalités, ce n'est pas seulement l'usage qui est fait des informations, c'est aussi un système concurrentiel, compétitif, très tendu, où on a justement tout un ensemble de formations qui ont des capacités d'accueil en tension, comme on dit, qui sont très limitées, et donc ce qui génère aussi en grande partie des inégalités, c'est cette situation de mise en concurrence extrême. Et donc ça, ça suppose, si on veut résoudre aussi en partie les problèmes, c'est d'alléger, d'amoindrir ces facteurs de mise en compétition en augmentant les capacités d'accueil des formations qui sont les plus demandées, sans bien sûr considérer que là aussi c'est une réponse, une solution facile. Il ne suffit pas d'augmenter les capacités d'accueil pour que derrière les étudiants diplômés puissent trouver un emploi qui va correspondre à leurs qualifications. Donc ça aussi, on peut considérer que ça ne contribue qu'à déplacer le problème. Mais c'est au moins une option qui doit pouvoir être considérée aussi. Voilà ce que je peux répondre à cette question. Oui, c'est un vaste débat. Merci beaucoup, merci infiniment. Votre conférence sera à disposition en rediffusion sur notre site onicep.fr. Chers internautes, merci à vous pour votre présence, votre écoute active et pour vos questions qui enrichissent notre webinaire. Nous aurons le plaisir de nous retrouver mercredi 3 juin à 14h. Nous recevrons alors Madame Dominique Méda pour une conférence qui s'intitulera le rapport des jeunes au travail vers une nouvelle quête de sens. Merci beaucoup encore, M. Pain, pour cette intervention. Votre présentation rappelle que les plateformes numériques d'orientation J'inclus la plateforme Avenir de l'ONICEP, sont bien plus que de simples outils, elles peuvent devenir de véritables leviers pour offrir à chaque jeune, quel que soit son parcours, une chance équitable de construire son avenir et de renforcer la justice sociale. Merci à toutes, merci à tous pour votre attention, au plaisir de vous retrouver et au revoir.
Entre les enjeux portés par les plateformes numériques et ceux portés par les conceptions mêmes de l’accompagnement à l’orientation, Clément Pin, maître de conférences en sociologie à l’INSEI, propose des pistes de repérage et de compréhension. Sa réflexion est nourrie par l’expertise des recherches en sociologie sur les politiques éducatives et les choix scolaires.
Vidéo publiée en mars 2026