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CITÉ ORIENTÉE - KÉVIN, 18 ANS, FUTURE JOURNALISTE RADIO ?

Kévin, 18 ans, malvoyant, souhaite devenir journaliste radio. Les outils informatiques lui ont déjà permis d’acquérir une certaine autonomie, mais il se demande si son handicap ne sera pas un frein à son projet professionnel.

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Je m’appelle Kevin, j’ai 18 ans et j’habite dans un petit village à proximité de Blois. J’ai une sœur, elle s’appelle Elisa. Mon père est technicien dans une entreprise qui fabrique des flacons de parfum. Ma mère est assistante d’éducation. A l’âge de 6 ans, j’ai perdu la vue. Je vois juste la luminosité. Donc, je suis élève à l’Institut National des jeunes aveugles dans le 7ème arrondissement à Paris. Je suis interne et je reste toute la semaine et je rentre le week-end chez moi. J’adore l’internat. C’est une ambiance assez familiale parce qu’on se connaît tous depuis trois ans. On va rigoler ensemble, on va se faire des coups en douce. On va mettre des seaux d’eau, on va inonder les chambres. J’avoue qu’encore au niveau des déplacements, il faut que je les travaille au niveau extérieur, par exemple tout ce qui est maîtrise du RER, du bus. Les outils informatiques m’ont permis d’acquérir une certaine autonomie. L’hiri, c’est un bloc-notes braille que j’ai eu à partir de la 5ème. Honnêtement, ça m’a aidé. Ça a facilité mon intégration dans la classe. Je me définirai comme un garçon plutôt dynamique, en revanche, qui peut confondre parfois vitesse et précipitation. Je peux être un peu trop direct parfois, un manque de tact. Je suis en terminale ES. On a un tronc commun, on est ensemble pour l’anglais, la philo, le sport, le théâtre. Mais pour les matières spécifiques à ma filière, à savoir l’économie, je suis tout seul. Tous les élèves ont pris soit la filière S, soit la filière L. Je me suis intéressé très vite à la politique, c’est-à-dire, j’avais 8 ans, c’était en 2007 aux élections présidentielles. Au départ, je ne comprenais pas trop. Forcément, ça manquait un peu de pédagogie et après au fur et à mesure, j’y ai pris goût et progressivement, la politique est devenue une passion. J’ai commencé à avoir des idées, à me forger une opinion. On a l’habitude avec mes camarades de l’internat d’écouter en replay l’interview mythique de Jean-Jacques Bourdin qui est retransmis sur BFM et RMC. On se pose dans une chambre, on l’écoute et ensuite on débat. Si je pouvais rencontrer un animateur radio, comme question je lui poserai des questions sur son travail de fond, sur la préparation des interviews par exemple, son parcours, son expérience, comment a-t-il fait pour en arriver là ? Je voudrai savoir aussi si les radios publiques, même les radios à priori privées, étaient disposées à embaucher des personnes en situation de handicap. La liberté que ce soit sur des radios publiques ou privées pour un journaliste, animateur était la même. Je rencontrerai forcément des difficultés. Après, il faut savoir les surmonter, essayer de trouver des solutions. Dès fois, faire preuve de réalisme aussi, se dire je ne peux pas faire ça, j’ai essayé, j’ai essayé de trouver des solutions, je n’y arrive pas, tant pis. Il faut avancer tout de même, il ne faut pas baisser les bras, il faut se battre. Emilie Moi et Kévin, c’est vrai que ça peut nous arriver dès fois d’aborder le sujet du handicap. Kévin, c’est quelqu’un qui l’accepte très bien, c’est ce qu’il fait paraître en tout cas. Alors que dès fois, il va m’aider parce que moi j’ai un peu de mal à assumer, ce n’est pas toujours facile. Souvent, je vais lui demander des conseils, que ce soit pour les études ou dans la vie quotidienne en général. Entre nous, à l’établissement, nous n’avons pas de gêne d’en parler puisque nous sommes tous pareils. Il m’a surpris parce que quand je suis arrivée, lorsqu’il m’a dit ce qu’il voulait faire, tout était déjà tracé, il savait déjà qu’il voulait aller à la Sorbonne. Moi, je le verrai bien en tant que directeur d’entreprise ou quelque chose qui a un rapport avec l’économie. Je sais que l’économie, c’est un peu sa passion. Il aimerait bien faire quelque chose dans la politique plus tard ou il m’avait dit peut-être journaliste. Je trouve qu’il s’exprime très bien, comme un politicien. Quand on en parle, c’est quelqu’un qui aime bien faire des débats, qui aime bien donner son avis. Monsieur LATOURNALD (CPE) Kévin est arrivé, il y a 3 ans. C’est un élève que je suis depuis 3 ans et on le repère tout de suite parce qu’il a une personnalité atypique. Il fait partie des rares élèves qui dès la seconde font du travail un passe-temps mobilisateur, ce n’est pas courant. Et par ailleurs, il ne fait pas chambre à part avec l’intelligence. C’est un gamin qui est un peu obsessionnel pour le travail mais qui est tellement ouvert d’esprit qu’il s’intéressait à tout, il voulait tout savoir sur tout. Dès qu’il est arrivé en seconde, il voulait faire de la politique. C’est assez particulier donc il m’a demandé ce qu’il fallait faire pour faire de la politique. Je lui ai expliqué que l’idéal serait de faire une prépa donc une hypokhâgne, une lettres-sup, et par la suite, préparer sciences po. L’idée ne l’a tellement pas quitté que cette année il est en terminale ES, il s’est inscrit à sciences po pour l’année prochaine, à l’université. C’est assez rare de voir quelqu’un qui va vous parler de politique pendant une heure en disant des âneries quelque fois mais c’est assez spécifique pour un élève de seconde. Idem pour les sciences et les arts. Il peut vous parler de Ken Loach, il peut vous parler de musique, le stabat mater de Poulenc, passer de Ken Loach à Poulenc, ce n’est pas tous les matins. J’aurai pensé que ça aurait été une idée spécieuse la politique si je n’avais pas vu son travail de première en TPE. En TPE, Kévin a fait un travail sur la guerre froide sur les blocs politiques. Il a eu une note assez rare dans l’Académie de Paris, il a eu 20/20. Il a fait carrément une vidéo et un jeu vidéo sur la guerre froide en montrant l’affrontement des blocs et l’équilibre de la terreur. A partir de ce moment-là, je me suis dit, il a quand même une âme politique, ça lui parcourt les veines et il s’est mis à lire toutes les littératures de politique de gauche essentiellement, c’est un âge où on est plutôt révolutionnaire, donc Jaurès, Blum, etc. Sans compter que cette année, il se passionne pour Sartre. Il ne comprend pas tout, mais il a bien compris le fait que ce n’est pas neutre idéologiquement et qu’il se sent de sensibilité plus sartrienne qu’amorincien par exemple. Kévin de terminale a été frappé par deux ou trois émissions qui l’ont orienté vers le journalisme. C’est vrai que c’est un féru de presse. Il lit toute la presse, la presse quotidienne, c’est Le Monde, Libé. Il écoute aussi France Culture, France info, Europe 1, RTL pour partie et toujours les émissions politiques. Personnellement, Kévin, je le vois moins comme un journaliste, que comme un avocat. Je le verrai beaucoup plus à l’aise dans des choses juridiques comme avocat ou même magistrat pour enfants. Il serait vraiment très bien car son hypersensibilité se reflétera beaucoup moins que dans le métier de journaliste sauf s’il prend des thèmes de journalisme qui lui sont chers. Je le vois beaucoup plus dans une carrière juridique. Ce qui est sûr, c’est que ça ne fera pas un excellent second, il faudra qu’il soit maître d’œuvre. Aujourd’hui, nous sommes à France Culture, la Maison de la Radio. Ce matin, j’ai pu rencontrer Frédéric Métézeau, qui est le responsable du service politique. J’ai eu la possibilité d’assister à la conférence de rédaction. A cette réunion, tous les journalistes se réunissent et choisissent les sujets qui vont être présentés au journal de 12h30. J’ai eu la chance de parler avec un journaliste qui présente le même handicap que moi. Il a pu me parler de son métier. Le métier de journaliste pour une personne déficiente visuelle est-il accessible ? HAKIM KASMI (Journaliste économie/éducation) Le métier de journaliste lorsqu’on ne voit pas est accessible. C’est vrai que très souvent ça peut poser des interrogations aussi bien de la part des gens du métier que de la part d’autres personnes. Dans l’enseignement, quand j’étais au collège ou au lycée, on me disait attention, journaliste quand on ne voit pas c’est compliqué parce qu’il faut aller sur le terrain, on peut être rapidement débordé à cause du handicap. Mais, j’ai toujours eu un principe, c’est de me dire qu’il faut tenter les choses pour ne pas avoir de regret dans la vie. Quand vous partez à l’étranger, êtes-vous accompagné ? Quand c’est en France, je pars tout seul. Par exemple, la semaine prochaine, je pars à Bordeaux pour faire un sujet sur le bac. Quand je pars à l’étranger, il y a une contrainte technique, de pouvoir envoyer les sujets par satellite ou par internet, je pars souvent avec un technicien. Est-ce que le choix de travailler à Radio France repose sur le fait qu’ils sont plus disposés à embaucher des personnes déficientes visuelles ou en situation de handicap par rapport à des radios privées ? Pas du tout. A l’époque, quand je suis venu à Radio France, il y avait Julien Prunet qui était le premier, en 2001, qui malheureusement est décédé prématurément. Mais entre-temps, jusqu’en 2007, il n’y avait pas eu de journaliste non-voyant. On est deux, j’ai ma collègue Laetitia qui est à France bleue. Radio France était vraiment un choix du cœur. C’est un rêve d’enfant depuis que je suis petit. Le côté handicap a contribué mais ce n’était pas ma première motivation. Si je n’avais pas été pris à Radio France, j’aurai postulé ailleurs. FREDERIC METEZEAU (Chef du service politique) Tout à l’heure vous m’avez dit : faut que je prépare l’interview lorsque vous avez un invité, en quoi ça consiste ? Voyez-vous les questions avant avec lui ? On va préparer l’interview, ça veut dire regarder les dépêches, lire les journaux, puis avoir sa propre culture. Quelle est l’actualité politique du jour ? Par exemple, quand il se passe des choses à l’UMP, c’est bien de savoir ce qui s’est passé, c’est ça préparer. C’est prendre quelques notes et après poser des questions sur ce thème-là. Avant de l’interviewer, l’invité, vous êtes dans quel état d’esprit ? Est-ce que l’on va être dans la contradiction pour pousser l’invité dans ses retranchements ? Ca dépend. Si je fais, on va dire, une personnalité qui est un professionnel des médias ou pas. Un professionnel des médias, c’est quelqu’un qu’on peut un peu bousculé, qu’on va pousser dans ses retranchements. Un homme ou une femme politique, il est là pour ça. Souvent, on est là pour se faire l’avocat du diable, c’est-à-dire poser les questions qui dérangent, lui apporter une contradiction. Je pense qu’il faut être ferme dans les questions et conciliant dans le ton. Ensuite, il y a des gens qui ne sont pas des professionnels des médias, il n’y a pas que des chefs d’entreprise, des hommes politiques, des magistrats ou des syndicalistes. Il y a aussi des gens qu’on va rencontrer en reportage, comme on dit, qui sont des personnes lambda, qui n’ont pas l’habitude des médias, c’est très différent. Si on les pousse directement dans leur retranchement, ils vont se sentir agressés. Ils n’ont pas l’habitude dans leur vie quotidienne de parler au micro. On essaie de se mettre beaucoup plus en empathie. Ça veut dire se mettre à la place des gens. Essayer de leur faire dire avec leur mot ce qu’ils ressentent. Est-on journaliste politique progressivement ou on sort de l’école et on nous attribue ce rôle ? Pour mon propre cas, je le suis devenu, pour reprendre ton expression, progressivement. Moi, j’étais d’abord reporter, je faisais tous les sujets de la vie quotidienne, des mouvements sociaux, des grèves, des faits divers, etc. Et puis progressivement, j’ai découvert le reportage à l’étranger. La politique, par ailleurs, m’a toujours beaucoup intéressé et il y a eu l’opportunité de devenir journaliste politique mais j’avais déjà 11 ans de métier. En ce qui me concerne, ça s’est fait progressivement et ça fait 3 ans que je suis journaliste politique et 5 mois que je suis chef de service. Il n’y a pas de règle absolue. J’aurai tendance à croire qu’avant d’être spécialiste, c’est bien de toucher un peu à tout. Etre polyvalent, puis après on découvre autre chose. On essaie de ne pas faire ça toute sa vie non plus parce qu’il faut changer. Honnêtement, j’ai adoré. Ce stage d’une journée m’a vraiment conforté dans mon choix de vouloir devenir journaliste. Pendant la conférence de rédaction, je n’aurai pas cru qu’il y ait autant d’animation, comme si c’était un débat. Je m’interrogeais énormément sur l’accessibilité du métier, étant donné que je suis déficient visuel et m’entretenir avec Hakim m’a rassuré. J’ai pu voir qu’il était possible d’aménager ce métier. Frédéric est un journaliste politique, j’ai vu, il est très chargé. Il m’a donné quelques conseils sur ma manière de m’exprimer. Il ne faut pas s’exprimer avec la gorge, la voix doit venir du ventre. C’est très enrichissant de pouvoir bavarder avec une personne qui a beaucoup d’expérience. En plus, j’ai pu rencontrer le responsable de la chaîne, il m’a proposé un stage à France Culture. On ne peut pas demander mieux, parfait !