Noter la vidéo Nombre de vues Commenter NOTER LA VIDÉO NOMBRE DE VUES COMMENTER J’aime sur Facebook (nouvelle fenêtre)
Vu 540 fois
OK
DESCRIPTION TRANSCRIPTION

CITÉ ORIENTÉE - CHARLOTTE, 23 ANS, FUTURE CÉRAMISTE ?

Charlotte, 23 ans, future céramiste. Après un cursus artistique, elle est actuellement en licence gestion d’entreprise spécialisée dans les métiers d’arts pour pouvoir ouvrir un jour son propre commerce.

Je m’appelle Charlotte, j’ai 23 ans et j’habite à Bondy. J’habite avec ma mère. Mon père est imprimeur et ma mère est à la retraite. Elle était secrétaire. A Bondy, il n’y a pas grand-chose à faire, il n’y a pas de sortie. Et en plus de ça, c’est une ville assez pauvre, mais en même temps c’est un vivier pour moi créatif. En 3ème, j’ai rencontré la conseillère d’orientation. J’ai juste appris que j’étais assez bonne partout pour faire un peu tout. Et je me suis dit que j’allais peut-être faire une année d’essai dans quelque chose de plus manuel. C’est Anaïs, une amie du collège, qui m’a parlé de l’Ecole Boulle. Je rentre dans l’équivalent d’une seconde et en terminale, je passe un équivalent de bac. C’est un diplôme de fin d’études secondaires des métiers d’arts. Mon père est très déçu. J’arrive à l’Ecole Boulle et lui s’attendait vraiment à ce que je fasse un bac S. Je m’accroche, je tiens le coup et au bout de trois ans, je lui montre que je suis à l’Ecole Boulle et je viens d’avoir deux diplômes d’un coup et ça vaut le coup. Il comprend enfin que c’est une grande école qui a de la renommée. Finalement, j’y reste cinq ans et je suis contente d’y être allée. Sinon, je n’aurai pas découvert le moulage et je n’en serai pas là aujourd’hui. Je redépose un dossier pour rentrer en céramique en DMA à Duperré et je découvre enfin la céramique. Je découvre enfin la terre, comment ça fonctionne, les techniques de façonnage, les cuissons. Et là, je me trouve vraiment. Je comprends que c’est le matériau que je cherchais. Le matériau avec lequel j’avais envie de travailler. Au bout de ces deux ans à Duperré, j’obtiens de nouveau un diplôme des métiers d’arts et cette fois ci en option céramique et je décide de me lancer dans une licence. Actuellement, je suis en licence de gestion d’entreprises spécialisées dans les métiers d’arts. Ça se situe dans les ateliers de Paris, en partenariat avec l’université de Marne-la-Vallée. C’est une formation en alternance donc une semaine, je suis en entreprise et l’autre semaine, je suis en cours. Je vais suivre des cours de gestion, de comptabilité, de marketing. C’est tous ces petits points qu’en tant qu’artisan, nous négligeons souvent et qui font qu’une fois sur deux, ça peut aussi s’écrouler comme un château de cartes, que l’entreprise ne fonctionne pas. Depuis plusieurs années, j’ai cette envie de créer un collectif, d’être à plusieurs, d’avoir une émulation de groupe. Les collectifs, c’est une espèce de méandre sans fin. Personne ne sait rien sur ce sujet, personne ne comprend rien et moi ce que j’aimerai trouver c’est un collectif qui ne me dise pas « oui, c’est vrai c’est dur les premières années de monter un collectif ». Moi ce que je veux, c’est une belle histoire de rencontre, comment ont-ils fait pour se rencontrer, comment se sont-ils associés, comment avancent-ils dans le futur et comment leur projet font qu’ils continuent ensemble ? MADAME HALLICHE (Mère de Charlotte) Charlotte avait 6-7 ans, nous étions dans les transports en commun et un vieux monsieur l’a interpellé en lui disant : « tiens ma belle, qu’est-ce que tu souhaiterais faire plus tard ? ». « Moi, je veux faire astrophysicien, tout ce qui m’intéresse, c’est la lune et les étoiles ». Petite, elle était solitaire, tenace, c’est une fille attachante. Tous les gens qui ont travaillé avec Charlotte, ont dit qu’elle a un fort caractère, mais c’est une fille attachante. Arrivée en 3ème, elle se cherchait. On a fait les portes ouvertes de l’Ecole Boulle et après ça, elle m’a dit je veux me diriger vers les métiers d’arts. Ça a été un souci avec son père parce qu’il disait que ce n’était pas un métier. Je lui ai dit que Charlotte était assez grande pour savoir ce qu’elle voulait faire et que je ne mettrai jamais des bâtons dans les roues de ma fille. C’est elle, c’est son avenir, elle décidera d’elle-même de ce qu’elle veut faire. En fait, c’est assez drôle, à partir du jour où Charlotte a eu son premier diplôme, c’était l’extase. Dorénavant, il la soutient. Il fera en sorte qu’elle puisse continuer dans cette voie-là. Etant partie de la maison très jeune, à 18 ans et faisant ses études, pour pouvoir subvenir à ses besoins, elle s’est frottée au monde du travail. Elle a travaillé comme caissière à Intermarché chez nous. Certains jours, à 5 heures du matin, elle était dans le magasin. Elle est armée pour pouvoir travailler. Ça ne m’inquiète pas parce que Charlotte n’a pas peur de faire des heures. A partir du moment où elle veut réaliser quelque chose, elle va s’investir personnellement pour arriver jusqu’au bout de sa réalisation. MADAME TRINQUAND (Professeur de céramique) Charlotte avait été sélectionnée parmi des candidats pour entrer en DMA céramique et cette approche des métiers d’arts était vraiment bien confirmée chez Charlotte. Elle s’est montrée d’emblée en tant qu’élément moteur dans le groupe de par sa maturité, de par son expérience aussi du DMA. Et du coup, elle a joué aussi un rôle social très important dans le groupe tout de suite. Elle s’est engagée à fond dans sa formation, elle n’était pas simplement le public relation de l’atelier céramique. J’ai trouvé qu’il y avait un très beau parcours. Charlotte a rencontré sa céramique, on va dire, à travers le sujet qu’elle a développé. Pendant la cuisson, le céramiste lâche. Il a travaillé, ça cuit et ensuite, il va découvrir ce que ça a donné. On peut appeler ça un lâcher prise. Chez Charlotte, ça a été une vraie découverte. Elle était dans une démarche très construite, très carrée, très organisée et un moment donné, cette confrontation à la cuisson avec tous les effets vraiment qu’elle espérait avoir, des effets de matière, mais dont elle ne pouvait absolument pas prévoir le résultat. Ça a été une des expériences les plus fondamentales pour elle, qui l’amène vers une nouvelle maturité, comment on construit son travail ? Jusqu’où on peut aller ? Quelle est la part qui nous échappe dans le travail mais comment peut-on en faire quelque chose ? Effectivement, Charlotte m’a fait part de son souhait de trouver sa place dans un collectif pour démarrer son activité professionnelle. Je l’encourage à le faire, je pense que c’est une bonne façon de s’installer, de mutualiser des équipements, des installations, du matériel, de mutualiser aussi des compétences diverses et qui peuvent s’épauler les unes, les autres. Je pense qu’il y a cette dimension-là chez Charlotte, elle est présente. Ce souci d’inventer des nouvelles formes de travailler ensemble. BARBARA BILLOUD (Céramiste) Comment imagines-tu ton projet de collectif, comment veux-tu faire ? Mon idée, ce serait d’avoir un local commun pour pouvoir partager des valeurs, des techniques aussi. Avoir différents artisans et différents types de métiers d’arts, des gens dans le bois, le métal. Mais aussi cette touche que parfois on oublie en tant qu’artisan d’arts, ce sont les designers. Pouvoir faire des projets plus importants, participer à des concours, avoir une échelle un petit peu plus grande que juste régionale ou départementale ou même nationale, voir encore plus grand. Ici, dans ta maison tu as ton atelier céramique, mais ton collectif se trouve dans un autre lieu, comment ça se passe ? Le collectif s’appelle « Un jour, un artisan » dans le 15ème arrondissement rue Violet. Nous sommes une centaine de personnes, des artisans d’arts de restauration, création, de tous les métiers. On a une boutique et à tour de rôle, chacun assure une permanence. Ce qui permet d’un côté d’avoir un pied sur Paris, tu peux donner des rendez-vous à des clients, par exemple, et d’un autre côté, tu vends les pièces des autres, une synergie se crée. A une échelle plus importante, il y a aussi les ateliers d’arts de France qui te donnent plus de possibilités pour exporter. Beaucoup de céramistes donnent des cours pour gagner leur vie, moi, je ne l’envisage pas dans un premier temps. Du coup, je me demande un peu comment je vais gagner ma vie et est-ce que je vais être obligée d’avoir un autre travail plus alimentaire qui va me nourrir. Le problème au départ, honnêtement, c’est compliqué de dire je vais gagner ma vie en vendant uniquement sur des marchés, dans des galeries, exporter. Il faut quand même te laisser le temps de démarrer. Beaucoup de nouveaux céramistes prometteurs se lancent, le problème de la céramique par rapport à la peinture, elle est moins bien cotée, elle est moins bien payée. Une toile, tout le monde connaît son prix, une céramique le prix n’est pas connue et ça se casse. Je suis contente du résultat, ça m’a réconcilié avec l’émail. Ce travail de superposition, d’avoir des effets colorés, je trouve ça très intéressant. Je recommencerai, bien sur. Avec Barbara, c’était super parce que ça m’a permis de remettre les mains dans la terre, même si les pièces étaient cuites, de refaire une cuisson, d’être à nouveau dans le bain de la céramique et c’est quelque chose qui me manque en ce moment. J’ai envie de continuer, de m’y remettre à fond et de monter mon projet définitivement. Pour le collectif, ça m’a permis de réfléchir sur des questions d’organisation et je pense qu’en fin de compte, j’ai plus envie de monter quelque chose toute seule et plutôt de collaborer avec des gens que de monter un collectif. Pour commencer mon activité, ce que je pense, c’est louer un appartement avec deux chambres et en transformer une en atelier dans lequel je puisse travailler, dessiner, faire des pièces. Je n’aurai pas de four, je pense « louer des cuissons », c’est-à-dire aller chez des céramistes et faire cuire des pièces chez eux, c’est une solution pour commencer. Puis ensuite, essayer d’avoir un local ou si j’ai les moyens, acheter une grande maison, avoir un immense atelier pour pouvoir travailler et faire des cuissons en extérieur, ce serait le top.