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CÉLINE, DEMI-CHEFFE DE RANG

Céline a 28 ans. Depuis son plus jeune âge, un manque de confiance en soi et une émotivité qu’elle n’arrive pas à contrôler la handicape dans les apprentissages. Elle quitte l’école ordinaire pour une école Steiner, puis un IME (Institut médico Educatif), où elle reçoit une formation préprofessionnelle en restauration. Très vite elle prend goût à cette discipline et se dirige vers le service en salle.

Je m'appelle Céline Bergère. Je travaille à Paris, porte de Bagnolet, dans la restauration. J'ai commencé à travailler en 2007. J'ai pris la restauration parce que j'avais besoin de voir du monde. J'aime bien bouger. J'aime pas rester à rien faire. Les ordinateurs, c'est pas mon truc. J'ai toujours la patate, quoi. Voilà. En fait, j'ai fait des écoles. Je suis pas vraiment allée au collège. Parce que j'ai beaucoup de problèmes. Les maths, l'écriture... J'avais du mal à compter. J'arrivais pas à suivre, parce que voilà... Elle a redoublé son CP. À l'époque, on pouvait redoubler le CP. Elle avait déjà eu un retard de langage, qui avait été détecté en maternelle. À un moment donné, on a été convoqués chez la psychologue scolaire. Elle a été d'une violence, en disant : "Mais Céline, elle ne pourra pas faire d'études." Je me suis mise en quête de chercher des écoles différentes. J'ai découvert l'existence de l'école Steiner, avec un enseignement différent et une approche des enfants différente. Il y a pas d'obligation de résultat. Les enfants sont pris... avec leurs singularités. Du coup, ça a fait beaucoup de bien à Céline. Ça a levé la pression. Cependant, elle restait quand même bloquée, avec beaucoup de difficultés pour lire et à suivre. Finalement, elle était complètement dépassée au niveau scolaire. Le psychiatre m'a dit : "Je pense que Céline serait plus aidée si elle était dans une structure de soin." Alors, Gillevoisin, c'est un IME. J'ai été là-bas, ils m'ont formée pour la restauration. On m'a déjà appris à faire la salle, à redresser les tables. Après, j'ai fait plusieurs stages. Ça m'a fait évoluer, en fait. Alors qu'au début, j'étais un peu stressée. Je travaillais pour la première fois. Je savais pas comment ça se passait. Après mon école, je suis partie, j'avais 20 ans. On m'a proposé une formation au CFA d'Evry. Un jour, la directrice du groupe Accor est venue manger au CFA. Elle a vu Céline, qui est assez souriante et avenante, et elle lui a dit : "Oh là là ! J'ai envie de t'aider, j'ai envie de te trouver un poste." Céline était très timide, quand elle est arrivée. Elle avait du mal à aller vers les clients. Maintenant, elle est à l'aise. Elle est comme chez elle. Elle fait tout, comme tout le monde : débarrasser, mettre en place, nettoyer la vaisselle, accueillir les clients... Ici, elle a eu un bon parcours puisque Céline est arrivée en tant que commise et qu'aujourd'hui, elle est demi-chef de rang. Ça se voit pas, qu'elle a un handicap. Nous, on le sait. Mais si on ne le dit pas, personne ne le sait. Et puis voilà. Elle est considérée comme tout le monde. Ah oui, mince. Ouais... La salade César, c'est pour...? Madame. Moi. Je suppose. Gourmande comme tout. Monsieur est au plat chaud. Elle fait 300 grammes ? Non ? 300 grammes ? Je la trouve un peu petite. Oui. Il y a pas 300 grammes, là. Vous voulez que je voie avec ma collègue ? Non. C'est pour rigoler. C'est pour vous regarder. C'est juste pour vous regarder. J'arrive avec le pain. Sur la carte, si on me demande d'écrire un poisson, je vais avoir du mal. Je sais pas. Du coup, ça dérange les clients et je suis mal à l'aise. Et j'aime pas... Ça me... C'est le client et c'est le roi. Du coup, je suis mal à l'aise. Deux personnes, une personne, elle peut prendre la commande. Je la briefe pareil, quand on change la carte. Je la briefe comme les autres. Je mets les photos à l'avance, je leur explique. Je lui dis que s'il y a des choses qu'elle ne sait pas, elle peut poser des questions. Mes petites angoisses, je les laisse au vestiaire et je prends sur moi. Je sais qu'ils savent comment je suis. Et de plus en plus, j'évolue. Je croyais que j'arriverais jamais à travailler, mais si. Avec mes difficultés... Je suis contente d'avoir un travail, et ça me plaît. Je l'ai rencontré dans mon ancienne école, à l'IME de Gillevoisin. Lui a voulu sortir avec moi, il y a bien longtemps. Mais moi, j'ai pas voulu. Le jour où il y a eu la porte ouverte à Gillevoisin, on s'est revus. Mais je savais pas qu'il voulait ressortir avec moi. Comme il avait changé et grandi, je l'avais pas reconnu. Ça m'a fait tout bizarre. C'est là qu'on a commencé à parler, tout ça... Je l'ai trouvée changée au niveau de sa coiffure, sur elle, vachement mieux. Quand on a parlé, j'ai trouvé qu'elle était mieux sur elle. C'était vraiment une femme, plus une jeune fille. C'était vraiment une femme qui avait mûri, qui avait trouvé sa vie, qui travaillait, qui était bien dans sa vie. Même malade, elle va travailler. Céline, c'est une fille courageuse. Elle a voulu faire ce métier-là et elle a réussi. Elle a été jusqu'au bout. Non, ça a été. C'est passé vite, une journée. Ça me suffit pas, une journée de repos. Tu as ton dimanche. Tu auras peut-être ton repos la semaine d'après. J'espère. Je suis claquée, là. Le jour où j'ai acheté l'appartement, ça m'a fait un petit coup de... un petit coup de peine. Mais j'ai coupé le cordon avec ma mère, et c'est une fierté pour moi. Je suis contente d'avoir mon chez-moi et d'avoir quelqu'un. Je fière d'avoir un parcours... Voilà. Après, c'est... J'évolue de plus en plus. Je suis contente.