Noter la vidéo Nombre de vues Commenter NOTER LA VIDÉO NOMBRE DE VUES COMMENTER J’aime sur Facebook (nouvelle fenêtre)
Vu 640 fois
OK
DESCRIPTION TRANSCRIPTION

MORGANE, JARDINIÈRE

Morgane a 24 ans. Contrainte d’abandonner sa formation en BTS en raison d’un accident de la voie publique, elle revient travailler comme jardinière au service Trianon du Château de Versailles. Là, elle retrouve l’équipe qui l’avait accueillie lors de sa formation en alternance. Avec succès, grâce à une prothèse adaptée et quelques aménagements dans son travail.

Je m'appelle Morgane Bérat, j'ai 24 ans. Je suis jardinière au hameau de la Reine, au château de Versailles. Je fais ça depuis 2 ans. J'ai commencé par un BEPA en aménagement de l'espace option travaux paysagers en alternance. J'ai fait mes études à Maisons-Laffitte au CFA et l'apprentissage au hameau de la Reine, ici, à Versailles. Après, j'ai obtenu mon diplôme. Je suis partie en bac pro, j'ai eu mon bac pro et j'ai attaqué par un BTS. Et 2 jours après, j'ai eu mon accident de la voie publique. Morgane rentrait de l'école, je l'attendais à la maison. J'ai eu un coup de fil, la personne m'a dit : "Morgane a été victime d'un accident, "on ne sait pas trop ce qu'elle a, mais ça a l'air d'être assez sérieux." Je me vois m'arrêter au terre-plein central, et là, plus rien, le flou total. Après, j'ai appris que j'avais été percutée par un chauffard qui avait grillé un feu rouge. Il est arrivé sur moi à 76 km/h alors que l'avenue est limitée à 50. Et le moteur du camion est tombé. Moi, j'ai été percutée sur le côté, j'ai tapé dans un feu et j'ai été éjectée 12 m plus loin. Je suis restée 13 jours dans le coma. Sur ces 13 jours, je n'ai fait que rêver. Et je rêvais que j'étais amputée. J'étais toujours sur un brancard. Quand je me suis réveillée, je savais déjà que j'étais amputée, donc j'ai pu mieux prendre la chose. Elle ne pouvait pas parler, jusqu'au jour où elle a pu commencer à parler doucement. Et le jour où elle a pu parler, je suis arrivée dans la chambre, elle m'a dit : "Maman, maintenant, c'est terminé. Tu t'habilles comme tu t'habillais avant, tu te maquilles et je veux te voir rentrer dans ma chambre avec le sourire. Je ne suis pas morte, je suis comme je suis, mais on va y arriver, on va s'en sortir." Et depuis ce jour-là, je me suis dit : "Jamais plus je ne baisserai les bras." J'ai très vite été admise dans un CRA, un Centre de rééducation et d'appareillage, tout en faisant encore des allers-retours dans les hôpitaux parce qu'après, il fallait s'occuper de la mâchoire. Je suis restée à peu près 6 mois sans marcher. Et au bout de ces 6 mois, avec le médecin, on a décidé que je rentrais à la maison. Et à partir de ce moment-là, ça n'a pas été évident parce que ma maison n'était pas adaptée à mon handicap, il y avait beaucoup d'escaliers, donc je montais et je redescendais sur les fesses. J'avais des fauteuils roulants à tous les étages. C'était vraiment une partie dure, mais j'étais chez moi. Un an après mon accident, j'ai décidé de reprendre mes études, donc reprendre mon BTS. Moi, je pensais être rappareillée très vite, qu'on allait trouver une jambe à mon pied, et en fait, pas du tout. Je passais plus de temps dans les hôpitaux qu'à l'école, donc j'étais vite démotivée. J'avais besoin de reprendre pour me prouver que je pouvais le faire, mais psychologiquement et physiquement, je n'y arrivais pas. Après, j'ai pris la décision d'arrêter le BTS. Du coup, c'était un peu le flou et j'ai toujours gardé contact avec le service Trianon. C'est vraiment là que j'ai appris mon métier. Ça me tenait à cœur et il y a des personnes extraordinaires. On a toujours gardé ce petit contact. On est allées au château de Versailles, voir Mme Baraton. Morgane lui dit : "J'arrête les études. Par contre, je voudrais retravailler." Et là, on a vu Mme Baraton, qui lui a dit : "Écoute, Morgane. Tu prends les temps qu'il faut, mais tu seras toujours la bienvenue."Je verrai avec Corinne suivant l'arrêt maladie. D'accord. OK. Normalement, je serai absente plutôt 2 mois si je repasse sur le billard 2 mois après. 2 mois ? On va être 2 mois sans te voir ? Elle travaille chez nous en tant qu'ouvrière. Maintenant, elle est titulaire. Elle est à plein temps. Ça a posé un peu de souci tout au départ parce qu'effectivement, il y avait son handicap. Il a fallu qu'elle s'habitue à certains travaux qu'elle ne pouvait plus faire ou les faire différemment. Donc on l'a épaulée au maximum. Elle fait des tâches courantes d'entretien, en particulier, et comme elle est sur un secteur où on produit pas mal de légumes, elle fait tout, du semis jusqu'à la récolte des légumes. Et pour les tâches qui sont plus contraignantes, on essaie d'éviter qu'elle fasse des gros travaux. J'ai rencontré un ergothérapeute pour me donner des outils qui amélioreraient un peu mon travail. On m'a donné un sécateur démultiplicateur de force pour avoir moins de pression dans les poignets parce que j'ai aussi des problèmes de poignets. On m'a offert une voiturette pour pouvoir me déplacer sans problème dans tout le parc. Un souffleur avec des batteries sur les hanches pour avoir moins de pression sur les jambes, ce qui a vraiment amélioré ma façon de vivre. Et ça ne m'a pas braquée sur le fait que je suis handicapée. Non, on va trouver des solutions pour faire comme tout le monde et pour être normale. Normale, c'est un grand mot. Mais pour retrouver ma motricité. Quand il faut monter sur une échelle pour tailler une branche d'arbre, s'il y a personne, elle ne dit rien, elle prend sa scie, elle scie discrètement, mais on la surveille quand même un peu. Mais elle le fait d'elle-même, elle ne va pas systématiquement demander. C'est une jeune fille pleine de vie. J'ai l'impression d'avoir eu 2 vies : je suis aujourd'hui comme j'étais avant, mais différemment. Je l'ai tout de suite accepté, mais j'ai mis du temps à m'y habituer. C'est vraiment le métier qui m'a ramenée à ce que j'étais. Je me pose beaucoup de questions sur l'avenir. Il le faut. Mais il y a la petite voix qui me dit : "Attends de voir et fais ta vie. Construis-toi et ça ira bien après."